Gérer les volets en pleine canicule
L'essentiel en 30 secondes
Fermer ses volets avant que le soleil ne tape, c'est le geste anti-canicule le plus rentable : zéro euro, zéro watt, et jusqu'à 3 à 5 °C gagnés à l'intérieur. Encore faut-il le faire au bon moment, façade par façade, puis rouvrir et ventiler la nuit. Bonus : la re2020 récompense ce réflexe via l'indicateur DH.
Il est 9 heures du matin, il fait déjà 31 °C dehors, et vous arpentez la maison pour fermer méthodiquement chaque volet, plongeant le salon dans une pénombre de cave à vin. Votre cousin venu du Canada vous regarde comme si vous instauriez un couvre-feu. Et pourtant, ce réflexe très français est l'une des armes les plus redoutables contre la surchauffe estivale. Le hic ? Beaucoup de monde ferme trop tard, ouvre au mauvais moment, ou transforme son logement en bunker hermétique sans jamais le ventiler. Résultat : on cuit quand même. Dans ce guide, on démêle le quand, le comment et le pourquoi de la gestion des volets en pleine canicule — et on voit au passage pourquoi la re2020 adore ce petit geste à zéro euro.
Pourquoi fermer ses volets change (vraiment) tout
Le bouclier invisible : la fameuse lame d'air
En été, l'essentiel de la chaleur qui envahit un logement ne passe pas par les murs : elle entre par les vitres. Le rayonnement solaire traverse le verre, se transforme en chaleur à l'intérieur par effet de serre, et fait grimper le thermomètre en quelques heures. Une baie vitrée plein sud non protégée peut laisser passer jusqu'à 200 watts par mètre carré — l'équivalent d'un petit radiateur allumé en plein mois d'août. Charmant.
C'est là que le volet entre en scène. En se fermant devant la fenêtre, il crée une lame d'air entre son tablier et le vitrage. Cette couche d'air immobile se comporte comme un isolant naturel, tandis que le tablier réfléchit ou absorbe le rayonnement avant qu'il n'atteigne le verre. Résultat : la vitre reste fraîche et la chaleur n'a jamais l'occasion de s'inviter au salon. C'est tout l'intérêt d'une protection extérieure : elle agit avant le vitrage, là où un simple rideau ou store intérieur arrive trop tard, une fois la chaleur déjà passée.
La lame d'air emprisonnée entre le volet fermé et la vitre joue le rôle d'isolant naturel.
Concrètement, combien de degrés gagnés ?
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon l'ADEME, des volets fermés réduisent les apports solaires de 60 à 80 %, ce qui peut faire baisser la température intérieure de 3 à 5 °C par rapport à une pièce sans protection. Combinés à une bonne ventilation nocturne, ils permettent de maintenir un logement entre 24 et 26 °C alors qu'il fait 38 °C dehors. Le tout pour un coût de fonctionnement de… zéro euro. À titre de comparaison, une climatisation domestique consomme entre 800 et 1 500 watts par heure. Le volet, lui, ne demande qu'un geste — et un peu d'organisation. C'est d'ailleurs cette logique d'orientation par orientation qui fonde toute la conception bioclimatique.
Le timing, ce détail qui fait toute la différence
La plupart des gens ferment leurs volets quand ils commencent à avoir chaud. C'est déjà trop tard. Le bon réflexe, recommandé par l'ADEME et Santé publique France, consiste à fermer dès que la température extérieure dépasse la température intérieure — souvent dès 8 ou 9 heures du matin en période de canicule. Et tout dépend de l'orientation de vos fenêtres :
- Façade est : dès le lever du soleil, car elle encaisse la première vague de chaleur matinale.
- Façade sud : avant 10 heures, quand le soleil commence à frapper de plein fouet.
- Façade ouest : impérativement avant 14 heures — c'est elle qui prend la fournaise de l'après-midi.
- Façade nord : peu exposée au rayonnement direct, on peut souvent la laisser respirer.
Pour suivre l'arrivée d'un épisode caniculaire et anticiper la fermeture, la carte de vigilance de Météo-France est mise à jour deux fois par jour. Les recommandations officielles rappellent le même principe : on bloque la chaleur avant qu'elle n'entre.
Est, sud, ouest, nord : chaque façade a son horaire de fermeture idéal.
Volets et re2020 : l'histoire de l'indicateur DH
Si vous construisez neuf, la gestion des volets n'est pas qu'une affaire de confort estival : elle pèse directement sur votre étude thermique. La re2020 a remplacé l'ancienne TIC de la rt2012 par un nouvel indicateur, le DH (degrés-heures d'inconfort). Il comptabilise le nombre d'heures pendant lesquelles la température intérieure dépasse 28 °C le jour ou 26 °C la nuit, pondéré par l'ampleur du dépassement. Plus une maison surchauffe, plus son DH grimpe — l'analyse de la FFB détaille bien ce mécanisme.
Trois repères à garder en tête pour un logement : sous 350 DH, le confort est jugé optimal ; jusqu'à 1 250 DH, le projet reste conforme mais écope d'une pénalité sur le Cep ; au-delà, c'est la non-conformité, et le permis se retrouve bloqué. Les protections solaires mobiles comme les volets figurent, selon Construction21, parmi les leviers les plus efficaces pour faire baisser cet indicateur. Mieux encore : les volets à gestion automatique (avec détection crépusculaire) offrent généralement les meilleures performances, car ils réagissent en temps réel sans dépendre de la présence des occupants. Cerise sur le gâteau : en s'ouvrant l'hiver pour capter le soleil gratuit, ils améliorent aussi le Bbio. Pour creuser le sujet, notre guide dédié à l'indicateur DH détaille tout cela.
Tous les volets ne jouent pas dans la même cour
Roulant, battant, persienne ou BSO ?
Le volet roulant est le grand classique : sa lame d'air isole bien, il se manœuvre d'un doigt, mais une fois fermé, adieu la lumière du jour — bonjour l'ambiance grotte. Le volet battant et la persienne ont l'avantage de pouvoir s'entrebâiller ou, pour la persienne, d'orienter leurs lames afin de bloquer le soleil tout en laissant filtrer un peu d'air et de clarté. Enfin, le brise-soleil orientable (BSO) est le petit prodige du confort d'été : ses lames inclinables stoppent le rayonnement direct tout en conservant la lumière naturelle, ce qui en fait un champion de l'indicateur DH. Côté matériau, l'aluminium résiste mieux aux UV et au temps que le PVC, même si les deux assurent une isolation correcte.
La couleur, ce paramètre que tout le monde oublie
On n'y pense jamais, et pourtant : un volet de couleur claire (blanc, crème, beige) réfléchit le rayonnement, là où un volet sombre l'absorbe et se transforme en plaque chauffante. L'ADEME recommande sans détour les teintes claires pour les volets comme pour les stores. Si vous hésitez encore entre un anthracite très tendance et un blanc plus sage, sachez que votre thermomètre, lui, a déjà choisi. À noter aussi : sur les baies les plus exposées, l'efficacité d'un volet se conjugue idéalement avec un bon vitrage à faible facteur solaire.
Du volet roulant au BSO : chaque type a ses atouts face à la chaleur.
Le vrai secret : fermer le jour, ouvrir la nuit
Fermer ses volets, c'est la moitié du travail. L'autre moitié se joue la nuit. Une fois le soleil couché, quand l'air extérieur redevient plus frais que l'intérieur, on ouvre grand fenêtres et volets (côté ombragé) pour évacuer la chaleur accumulée et recharger les murs en fraîcheur. C'est la sur-ventilation nocturne, alliée naturelle de l'inertie thermique : les matériaux lourds (béton, brique, pierre, carrelage) emmagasinent ce frais nocturne et le restituent doucement le lendemain. Un logement traversant, ouvert sur deux façades, est l'idéal — l'air circule en courant et chasse la chaleur. Sur plusieurs niveaux, on joue l'effet cheminée : on ouvre en bas et en haut, l'air chaud s'échappe par l'étage. Le ministère de la Transition écologique et l'État rappellent eux aussi ces bons gestes.
La nuit venue, on ouvre tout côté ombragé pour recharger les murs en fraîcheur.
Les erreurs qui sabotent tous vos efforts
Quelques fausses bonnes idées à éviter : ouvrir les fenêtres en pleine journée « pour aérer » (vous invitez la fournaise) ; fermer trop tard, une fois la pièce déjà chaude ; oublier la façade ouest l'après-midi ; ou laisser tourner un ventilateur dans une pièce vide — il brasse l'air mais ne le refroidit pas, il ne sert donc à rien sans personne pour en profiter. Pensez aussi à l'isolation et à l'inertie de l'enveloppe : sans elles, même le meilleur volet finit débordé. Les recommandations sanitaires insistent : on ne crée des courants d'air qu'avec des ouvertures à l'ombre.
Trois maisons en pleine vague de chaleur
Rien de tel que des cas concrets pour voir la théorie à l'œuvre. Voici trois logements affrontant une même journée à 38 °C, chacun avec sa stratégie.
La maison plain-pied plein sud
Volets roulants en aluminium clair, pilotés automatiquement. Dès 9 h 30, les volets sud se ferment ; la nuit, les ouvrants nord se rouvrent pour ventiler. Résultat : le salon plafonne à 25 °C quand la rue affiche 38 °C. La gestion automatique fait le travail même quand les occupants sont partis travailler — et l'indicateur DH reste sagement sous le seuil de confort.
L'appartement traversant est-ouest
Équipé de brise-soleil orientables. Les lames côté est s'inclinent dès le lever du soleil, celles de l'ouest se ferment avant 14 heures. À 6 h du matin, grand courant d'air d'est en ouest pour faire le plein de fraîcheur. La lumière naturelle reste présente toute la journée : pas besoin d'allumer, et l'inconfort estival reste sous contrôle sans le moindre kilowattheure de climatisation.
La longère ancienne aux murs épais
Volets battants en bois et murs de pierre de 50 cm : une inertie de rêve. La stratégie mise tout sur le duo volets fermés le jour / fenêtres grandes ouvertes la nuit. Les murs jouent les réservoirs de fraîcheur, et la maison traverse la canicule sans le moindre climatiseur — exactement comme elle le fait depuis un siècle, sans avoir lu le moindre arrêté.
Conclusion : le bouclier qui ne coûte rien
À l'heure où les vagues de chaleur se multiplient, la gestion des volets reste l'un des gestes les plus efficaces — et certainement le moins cher — pour garder la tête froide. Zéro watt, zéro euro, zéro émission : difficile de faire mieux. Tout est une question de méthode et d'anticipation.
- Fermez avant que le soleil ne tape (souvent 8-9 h), façade par façade.
- Les protections extérieures (volets, BSO) battent toujours les stores intérieurs.
- Rouvrez et ventilez la nuit pour recharger l'inertie du bâti.
- BSO et gestion automatique sont les champions de l'indicateur DH en re2020.
- Privilégiez les couleurs claires, qui réfléchissent la chaleur.
- En neuf, visez un DH sous 1 250 (obligatoire) et idéalement sous 350.
Et si, malgré tout, votre projet neuf peine à passer le cap du confort d'été, c'est précisément là qu'un bureau d'études thermiques entre en jeu : une étude re2020 bien menée transforme ces bons réflexes en conformité réglementaire — appuyée sur les données de référence du CSTB et du Cerema, et sur le cadre officiel de la réglementation environnementale. Promis, on ne vous demandera pas de devenir vampire.
Auteur : Claire Montrevault