Confort d'été en re2020 : comprendre l'indicateur DH
Le confort d'été devient un enjeu majeur avec le changement climatique et les canicules plus fréquentes.
En résumé
La re2020 introduit l'indicateur DH (degrés-heures) pour évaluer le confort d'été des bâtiments neufs. Un logement est conforme si son DH reste sous 1250. Sous 350 DH, il est considéré confortable. Entre les deux seuils, une pénalisation s'applique sur le Cep. Des solutions passives comme les protections solaires, l'inertie thermique et les brasseurs d'air permettent d'atteindre ces objectifs sans climatisation.
Par Adrien Leclerc, thermicien | Publié le
Introduction : pourquoi le confort d'été devient essentiel
Les vagues de chaleur se multiplient en France. La canicule de 2003 a marqué les esprits avec plus de 15 000 décès. Depuis, les épisodes caniculaires deviennent plus fréquents, plus intenses et plus longs selon les données de Météo-France. Face à ce constat, la re2020 place le confort d'été au cœur de ses exigences.
L'ancienne rt2012 utilisait la Tic (température intérieure conventionnelle), un indicateur souvent déconnecté du ressenti réel des occupants. La re2020 change radicalement d'approche avec l'indicateur DH, qui mesure précisément la durée et l'intensité des périodes d'inconfort thermique. Dans cet article, nous décryptons ce nouvel indicateur et les solutions pour concevoir une maison confortable même en pleine canicule.
Sommaire
- Qu'est-ce que l'indicateur DH ?
- Les seuils réglementaires à respecter
- Comment est calculé le DH ?
- Les solutions passives pour réduire le DH
- Exemples concrets de conception
- Conclusion et points clés
Qu'est-ce que l'indicateur DH (degrés-heures) ?
L'indicateur DH, pour degrés-heures d'inconfort, quantifie le niveau d'inconfort thermique ressenti par les occupants d'un bâtiment pendant la période estivale. Il s'exprime en °C.h et fonctionne comme un compteur qui cumule, sur l'année entière, chaque degré dépassant le seuil de confort pour chaque heure de la journée. Cette approche a été développée en collaboration avec le Cerema et le CSTB.
Concrètement, si la température intérieure de votre logement atteint 29°C pendant une heure alors que le seuil de confort est de 26°C, vous accumulez 3 degrés-heures d'inconfort. Ce mécanisme permet de prendre en compte à la fois la durée et l'intensité des périodes de surchauffe, contrairement à l'ancienne Tic qui ne donnait qu'une valeur ponctuelle.
Le DH cumule chaque degré au-dessus du seuil de confort pour chaque heure de l'année.
La re2020 définit deux seuils de température à ne pas dépasser pour éviter l'inconfort. La nuit, ce seuil est fixé à 26°C de manière constante. Le jour, un seuil adaptatif s'applique, variant entre 26°C et 28°C selon les conditions météorologiques des jours précédents. Cette approche dite du confort adaptatif, basée sur la norme NF EN 15251 relative aux ambiances thermiques intérieures, reconnaît que le corps humain s'acclimate progressivement aux fortes chaleurs après plusieurs journées chaudes consécutives.
Les deux seuils réglementaires à connaître
La re2020 établit un système de double seuil pour encadrer le confort d'été des bâtiments neufs, conformément aux textes réglementaires officiels. Ces seuils s'appliquent à toutes les constructions soumises à la réglementation, qu'il s'agisse de maisons individuelles ou de logements collectifs.
Seuil bas : 350 DH (confort optimal)
Un bâtiment dont le DH calculé reste inférieur à 350 degrés-heures est considéré comme confortable. Ce seuil correspond approximativement à une semaine d'inconfort modéré sur l'ensemble de l'année. En dessous de cette valeur, le bâtiment respecte pleinement les exigences de confort d'été sans aucune pénalité sur les autres indicateurs.
Seuil haut : 1250 DH (limite de conformité)
Au-delà de 1250 degrés-heures, le bâtiment n'est plus conforme à la réglementation. Ce seuil équivaut à environ 25 jours où le logement serait en continu à 30°C le jour et 28°C la nuit. Un projet dépassant cette valeur ne peut pas obtenir son attestation pcmi14 et doit être modifié.
Entre ces deux seuils, le bâtiment reste réglementaire mais subit une pénalisation. Le calcul du Cep (consommation d'énergie primaire) intègre alors un forfait de refroidissement, comme si une climatisation était susceptible d'être installée ultérieurement. Cette pénalisation, qui s'inscrit dans la démarche promue par Effinergie, incite fortement les concepteurs à viser le seuil bas de 350 DH dès la phase de conception.
Le seuil DH max de 1250 peut varier légèrement selon la zone climatique, la typologie du bâtiment et la présence d'une zone de bruit empêchant l'ouverture des fenêtres la nuit. Ces modulations, détaillées dans les textes de loi, reconnaissent que certaines situations géographiques ou environnementales rendent plus difficile l'atteinte d'un confort d'été optimal.
Comment le DH est-il calculé ?
Le calcul du DH s'effectue à l'aide d'un logiciel de calcul réglementaire agréé par le ministère de la Transition écologique. L'étude thermique re2020 simule le comportement du bâtiment sur une année complète, heure par heure, en utilisant des fichiers météorologiques conventionnels.
Une particularité importante de la méthode : les fichiers météorologiques de la re2020 intègrent une séquence caniculaire représentative de l'été 2003. Cette insertion permet de tester la résilience du bâtiment face à un épisode de chaleur extrême, anticipant ainsi les conditions climatiques futures. Les données utilisées couvrent la période 2000-2018 pour représenter un climat récent.
Les zones climatiques H1, H2 et H3 présentent des exigences différentes en matière de confort d'été.
Le calcul s'effectue sans prendre en compte la climatisation, même si le projet en prévoit une. Cette convention vise à encourager les solutions passives dès la conception plutôt que de compter sur des équipements actifs énergivores. Le bureau d'études thermiques analyse ensuite les résultats et propose des ajustements si le DH dépasse les seuils.
Les solutions passives pour améliorer le confort d'été
Plusieurs leviers permettent de réduire l'indicateur DH sans recourir à la climatisation. La combinaison de ces solutions passives constitue la stratégie la plus efficace et la plus économique à long terme, comme le souligne l'ADEME dans ses recommandations.
Les protections solaires : première ligne de défense
Les protections solaires représentent le levier le plus efficace pour réduire le DH. Les stores vénitiens extérieurs (BSO) automatisés peuvent faire passer un logement de 2500 DH à moins de 1200 DH dans les zones les plus chaudes. Les volets roulants, les casquettes architecturales et les brise-soleil fixes apportent également une protection significative.
L'automatisation des protections solaires amplifie leur efficacité. Un système programmé pour fermer les volets aux heures les plus chaudes et les rouvrir le soir optimise la gestion thermique sans intervention des occupants. La re2020 valorise particulièrement ces dispositifs automatisés dans ses calculs, comme expliqué dans notre article sur les volets automatiques.
L'inertie thermique : stocker la fraîcheur
L'inertie thermique désigne la capacité des matériaux à stocker et restituer la chaleur avec un décalage temporel. Un bâtiment à forte inertie absorbe la chaleur pendant la journée sans que la température intérieure n'augmente significativement, puis restitue cette énergie la nuit lorsque l'air extérieur se rafraîchit.
Les matériaux lourds comme le béton, la brique ou la pierre offrent une excellente inertie. L'isolation par l'extérieur (ITE) préserve cette masse thermique à l'intérieur du logement, contrairement à l'isolation par l'intérieur qui la coupe de l'ambiance intérieure. Une maison en maçonnerie avec ITE peut afficher un DH inférieur de 20 à 30% par rapport à une construction légère équivalente, selon les études de l'Agence Qualité Construction.
Les brasseurs d'air réduisent la température ressentie de 2 à 3°C sans consommer beaucoup d'énergie.
Les brasseurs d'air : une solution économique
Les brasseurs d'air (ou ventilateurs de plafond) constituent une solution simple et peu coûteuse. En accélérant le mouvement de l'air, ils abaissent la température ressentie de 2 à 3°C sans produire de froid. La re2020 valorise explicitement ces équipements dans le calcul du DH, comme l'indique la Fédération Française du Bâtiment, reconnaissant leur efficacité pour le confort thermique.
Pour être efficaces, les brasseurs d'air doivent être correctement dimensionnés et positionnés. Prévoyez un appareil par pièce de moins de 15 m² dans les chambres, et adaptez le nombre au séjour selon sa surface et son orientation. L'installation à une hauteur inférieure à 3 mètres garantit un flux d'air optimal au niveau des occupants.
La ventilation nocturne : évacuer la chaleur accumulée
La surventilation nocturne permet d'évacuer la chaleur stockée dans la masse du bâtiment pendant la journée. En ouvrant les fenêtres la nuit ou en activant une ventilation renforcée, l'air frais extérieur vient refroidir les parois et préparer le logement pour la journée suivante.
Cette stratégie fonctionne particulièrement bien avec une forte inertie thermique. Le système de ventilation peut intégrer un mode surventilation activé automatiquement lorsque les conditions s'y prêtent. Les logements traversants, avec des ouvertures sur deux façades opposées, facilitent la circulation naturelle de l'air.
Maîtriser les surfaces vitrées
La re2020 impose un minimum de surfaces vitrées égal à 1/6 de la surface habitable pour garantir l'éclairage naturel. Cependant, des surfaces vitrées excessives, notamment orientées sud ou ouest, deviennent des sources de surchauffe estivale. Une règle de bon sens, recommandée par l'Ordre des Architectes, consiste à limiter les baies vitrées entre 16,7% et 25% de la surface habitable pour équilibrer apports lumineux et confort d'été.
Exemples concrets de conception
Maison individuelle en zone H3 (Sud-Est) : Une maison de 120 m² avec de grandes baies vitrées orientées sud affiche initialement un DH de 1800, non conforme. L'ajout de BSO automatisés réduit le DH à 950. La mise en place de brasseurs d'air dans les chambres et le séjour fait descendre le DH à 620, entre les deux seuils. Pour atteindre le confort optimal sous 350 DH, le concepteur opte pour une isolation par l'extérieur et des débords de toiture généreux, ramenant le DH final à 320.
Appartement traversant en zone H2 (Centre) : Un T3 de 70 m² dans un immeuble collectif présente l'avantage d'être traversant avec des ouvertures nord et sud. Le DH initial de 480 passe à 290 grâce à des volets roulants programmables et une VMC avec mode surventilation. La double orientation facilite le rafraîchissement nocturne naturel.
Conclusion et points clés à retenir
Le confort d'été devient un enjeu majeur de la construction neuve avec le changement climatique, comme le rappelle régulièrement l'actualité réglementaire. L'indicateur DH de la re2020 offre une mesure réaliste de l'inconfort thermique estival, bien plus pertinente que l'ancienne Tic. Pour concevoir un bâtiment performant, retenez ces principes essentiels.
Visez un DH inférieur à 350 pour un confort optimal sans pénalisation. Ne dépassez jamais 1250 DH sous peine de non-conformité réglementaire. Privilégiez les solutions passives dès la conception : protections solaires automatisées, forte inertie thermique, brasseurs d'air et ventilation nocturne. L'isolation par l'extérieur préserve l'inertie et améliore significativement le confort d'été.
Anticipez ces contraintes dès l'esquisse de votre projet. Une étude thermique re2020 réalisée en amont permet d'optimiser les choix architecturaux et techniques avant qu'ils ne deviennent coûteux à modifier. Notre équipe vous accompagne dans la conception d'un habitat confortable en toute saison.