Matériaux biosourcés et RE2020 : construire bas carbone
En résumé
Avec le renforcement des seuils carbone en 2025 et 2028, les matériaux biosourcés deviennent incontournables pour respecter la re2020. Bois, chanvre, paille ou ouate de cellulose stockent le carbone atmosphérique et réduisent significativement l'Ic construction de votre projet. Un atout décisif pour obtenir votre attestation de fin de chantier.
Par Antoine Maréchal · Publié le 08/01/2026
Les matériaux biosourcés : bois, chanvre, paille et ouate de cellulose au service de la construction bas carbone
Introduction : pourquoi les biosourcés sont devenus essentiels
La réglementation environnementale 2020 a profondément transformé la façon de concevoir les bâtiments neufs. Au-delà de la performance énergétique, elle impose désormais de limiter l'empreinte carbone des constructions sur tout leur cycle de vie. Cette exigence, traduite par l'indicateur Ic construction, pousse l'ensemble de la filière à repenser ses choix de matériaux.
Dans ce contexte, les matériaux biosourcés s'imposent comme une solution particulièrement efficace. Issus de la biomasse végétale ou animale, ils présentent une caractéristique unique : leur capacité à stocker le carbone capté par les plantes lors de leur croissance. Cette propriété, valorisée par la méthode d'analyse du cycle de vie (ACV) dynamique de la re2020, en fait des alliés précieux pour atteindre les objectifs réglementaires tout en contribuant à la neutralité carbone.
Cet article vous guide à travers les différents matériaux biosourcés disponibles, leur impact sur les indicateurs re2020 et les bonnes pratiques pour les intégrer efficacement dans vos projets de construction.
Sommaire
- Qu'est-ce qu'un matériau biosourcé ?
- Impact sur l'Ic construction et l'ACV dynamique
- Les principaux matériaux biosourcés
- Biosourcés et confort d'été
- Exemples concrets de projets
- Conclusion et points clés
Qu'est-ce qu'un matériau biosourcé ?
Un matériau biosourcé est, par définition, issu de la matière organique renouvelable d'origine végétale ou animale. Cette catégorie englobe une grande diversité de produits utilisables en construction : le bois et ses dérivés, le chanvre, la paille, le lin, la ouate de cellulose, le liège, la laine de mouton ou encore le coton recyclé.
Le point commun de ces matériaux réside dans leur origine naturelle et renouvelable. Contrairement au béton ou à l'acier dont la production génère d'importantes émissions de CO₂, les matériaux biosourcés ont absorbé du carbone atmosphérique pendant leur croissance grâce à la photosynthèse. Ce carbone reste stocké dans le matériau pendant toute la durée de vie du bâtiment, créant un véritable puits de carbone.
En France, plusieurs filières se sont structurées pour accompagner le développement de ces matériaux. On retrouve notamment Construire en Chanvre pour la filière chanvre, le Réseau Français de la Construction Paille (RFCP) ou encore l'Association des Industriels de la Construction Biosourcée (AICB). Ces organismes contribuent à la professionnalisation de la filière et à la rédaction de règles professionnelles garantissant la qualité des mises en œuvre.
Panorama des matériaux biosourcés : bois, chanvre, paille, ouate de cellulose et lin
Impact sur l'Ic construction et l'ACV dynamique
L'indicateur Ic construction mesure l'impact carbone des matériaux et du chantier sur l'ensemble du cycle de vie du bâtiment, soit 50 ans conventionnellement. Les seuils réglementaires se durcissent progressivement : après une première baisse d'environ 12 % en 2025, ils diminueront encore de 25 % en 2028 puis de 30 à 40 % en 2031.
La méthode de calcul de la re2020 utilise une ACV dynamique qui valorise particulièrement les matériaux biosourcés. Le principe est simple : un matériau qui stocke du carbone dès aujourd'hui et ne le relâche que dans 50 ans (en fin de vie) a un impact beaucoup plus favorable qu'un matériau qui émet immédiatement du CO₂ lors de sa fabrication. Un coefficient atténuateur de 0,56 est appliqué aux émissions différées à 50 ans.
Exemple chiffré d'impact carbone
Prenons l'exemple d'une paroi de 100 m² isolée en laine de chanvre plutôt qu'en laine minérale classique. La laine de chanvre affiche un bilan carbone négatif d'environ -34 kg CO₂eq par m² grâce au stockage du carbone biogénique. Sur 100 m², cela représente une déduction de 3 400 kg CO₂eq sur l'Ic construction du projet, soit l'équivalent des émissions de fabrication de plusieurs mètres cubes de béton.
Pour maximiser cet avantage, il est essentiel de choisir des matériaux disposant de FDES (Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire) individuelles ou collectives plutôt que de se contenter des données environnementales par défaut (DED). Ces fiches, disponibles sur la base INIES, permettent de valoriser précisément les caractéristiques environnementales de chaque produit.
Les principaux matériaux biosourcés
Le bois : structure et isolation
Le bois est le matériau biosourcé le plus utilisé en construction. Il intervient à la fois en structure (ossature bois, charpente, CLT) et en isolation (fibre de bois). Avec une teneur en carbone d'environ 50 % de sa masse sèche, le bois résineux constitue un excellent puits carbone. Les constructions à ossature bois permettent de réduire l'Ic construction de 30 à 50 % par rapport à une construction traditionnelle en béton.
La filière bois française est bien structurée avec des certifications reconnues (PEFC, FSC) garantissant une gestion durable des forêts. Les panneaux de fibre de bois offrent d'excellentes performances thermiques avec une conductivité thermique de 0,038 à 0,050 W/m.K et un déphasage thermique remarquable grâce à leur densité.
Le chanvre : isolation et bétons végétaux
Le chanvre se décline sous plusieurs formes : la chènevotte (partie ligneuse de la tige) utilisée en béton de chanvre ou en vrac, et la fibre de chanvre pour les isolants souples. Avec une teneur en carbone de 48 % pour la chènevotte et un bilan carbone de fabrication très faible, le chanvre affiche parmi les meilleures performances environnementales du marché.
Le béton de chanvre présente un intérêt particulier pour le confort d'été grâce à son déphasage thermique de 8 à 13 heures. Sa capacité hygroscopique régule naturellement l'humidité intérieure, améliorant la qualité de l'air et le confort des occupants.
Mise en œuvre de béton de chanvre : une solution alliant performance thermique et faible empreinte carbone
La paille : l'isolation la plus économique
La botte de paille constitue l'isolant biosourcé le plus accessible économiquement. Coproduit de l'agriculture céréalière, la paille est disponible localement dans la plupart des régions françaises. Son bilan carbone est parmi les plus favorables avec un stockage important et une énergie grise très faible.
La construction en bottes de paille porteuse ou en remplissage d'ossature bois est encadrée par des règles professionnelles validées par l'Agence Qualité Construction. Le Réseau Français de la Construction Paille accompagne les professionnels dans la maîtrise de cette technique.
La ouate de cellulose : le recyclage vertueux
Issue du recyclage de papiers journaux, la ouate de cellulose illustre parfaitement l'économie circulaire appliquée au bâtiment. Appliquée en soufflage dans les combles ou en insufflation dans les parois, elle offre d'excellentes performances thermiques et acoustiques. La filière est représentée par l'association ECIMA qui fédère les fabricants français.
Biosourcés et confort d'été
Au-delà de leur avantage carbone, les matériaux biosourcés contribuent significativement au confort d'été évalué par l'indicateur DH (degrés-heures). Leur densité plus élevée que les isolants conventionnels leur confère une capacité thermique massique importante, permettant de stocker la fraîcheur nocturne et de ralentir la montée en température en journée.
Ce phénomène de déphasage thermique est particulièrement précieux dans le contexte du changement climatique. Alors que les épisodes caniculaires se multiplient, les bâtiments isolés en biosourcés maintiennent des températures intérieures plus stables, réduisant voire éliminant le besoin de climatisation.
Comparatif des déphasages thermiques
Pour une même résistance thermique de 5 m².K/W, les temps de déphasage varient considérablement selon le matériau : la laine de verre offre 4 à 6 heures de déphasage, la fibre de bois atteint 10 à 12 heures, et le béton de chanvre peut dépasser 13 heures. Ce différentiel explique pourquoi les maisons isolées en biosourcés restent plus fraîches en été.
Cette caractéristique permet de réduire significativement la valeur DH du projet et facilite le respect du seuil réglementaire de 1 250 degrés-heures maximum. Pour les projets situés en zone climatique H3 (méditerranéenne), particulièrement exposés aux surchauffes estivales, le choix de matériaux biosourcés peut s'avérer déterminant pour la conformité.
Le déphasage thermique des biosourcés maintient la fraîcheur intérieure pendant les épisodes caniculaires
Exemples concrets de projets
Cas n°1 : Maison individuelle de 120 m² en ossature bois
Un projet de maison individuelle en zone H1 (climat continental) a opté pour une structure ossature bois avec isolation en fibre de bois (murs et toiture) et ouate de cellulose (plancher). Le choix d'un bardage bois et de menuiseries bois-aluminium complète l'enveloppe. Résultat : l'Ic construction atteint 580 kg CO₂eq/m², bien en dessous du seuil de 640 kg applicable en 2025 pour cette configuration. Le projet anticipe même les exigences de 2028.
Cas n°2 : Petit collectif de 12 logements mixte bois-béton
Un programme de logements collectifs R+2 a choisi une structure hybride : noyaux béton pour les circulations et stabilité, façades ossature bois préfabriquées. L'isolation associe laine de bois (façades) et ouate de cellulose (toiture terrasse). Malgré la présence de béton, le recours massif aux biosourcés permet d'atteindre le seuil Ic construction de 2025 avec une marge de 8 %. Le confort d'été est excellent grâce au déphasage des parois bois.
Conclusion et points clés à retenir
Les matériaux biosourcés ne sont plus une option marginale réservée aux projets militants : ils sont devenus un levier indispensable pour respecter les exigences croissantes de la re2020. Le renforcement des seuils Ic construction en 2025, 2028 et 2031 rend leur utilisation quasi incontournable pour la majorité des projets de construction neuve.
Au-delà de la conformité réglementaire, ces matériaux apportent des bénéfices concrets aux occupants : meilleur confort d'été grâce au déphasage thermique, régulation naturelle de l'humidité, qualité de l'air intérieur préservée. Leur développement soutient également une économie locale et des filières agricoles vertueuses.
Pour réussir l'intégration des biosourcés dans votre projet, plusieurs bonnes pratiques s'imposent. Privilégiez les produits disposant de FDES individuelles pour valoriser pleinement leur performance environnementale dans le calcul re2020. Faites appel à des professionnels formés aux techniques de mise en œuvre spécifiques. Anticipez les choix dès la conception pour optimiser la complémentarité entre structure et isolation. Enfin, associez ces matériaux à une conception bioclimatique soignée pour maximiser les bénéfices.
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