Conception bioclimatique en re2020 : 5 principes pour une maison performante
En bref
La conception bioclimatique constitue le premier levier pour respecter la re2020. En agissant sur l'orientation, la compacité, les surfaces vitrées, les protections solaires et l'inertie thermique, vous pouvez réduire le Bbio de votre projet de 10 à 30 points, sans surcoût majeur. C'est la clé d'une maison sobre, confortable et conforme dès le stade des plans.
Adrien Leclerc · Publié le 06/02/2026
Introduction : pourquoi la conception bioclimatique change tout en re2020
En re2020, il ne suffit plus d'empiler les couches d'isolant pour obtenir un bâtiment conforme. La réglementation environnementale a rehaussé les exigences sur le Bbio d'environ 30 % par rapport à la rt2012. Résultat : la sur-isolation seule ne suffit plus à compenser une conception architecturale mal pensée. L'architecte, le dessinateur et le maître d'œuvre doivent désormais intégrer les principes bioclimatiques dès l'esquisse du projet, avant même de choisir les systèmes de chauffage ou de ventilation.
Concrètement, la conception bioclimatique consiste à tirer parti des ressources naturelles — soleil, vent, inertie du sol — pour réduire les besoins énergétiques du bâtiment. Le ministère de la Transition écologique définit la re2020 comme une réglementation qui « amène à une amélioration de la conception bioclimatique des bâtiments ». L'objectif est de concevoir une maison qui se chauffe en partie grâce au soleil en hiver, qui reste fraîche en été sans climatisation, et qui profite au maximum de la lumière naturelle. Ce n'est pas un concept nouveau, mais la re2020 en fait un prérequis incontournable. Dans cet article, vous découvrirez les cinq principes fondamentaux pour réussir une conception bioclimatique conforme à la re2020, illustrés par des exemples concrets et des ordres de grandeur chiffrés.
Sommaire
1. L'orientation : capter le soleil au bon moment
2. La compacité : réduire les surfaces déperditives
3. Les surfaces vitrées : la règle des 1/6 et au-delà
4. Les protections solaires : la clé du confort d'été
5. L'inertie thermique : stocker et restituer la chaleur
Exemples concrets de conception bioclimatique
Conclusion et points clés à retenir
1. L'orientation : capter le soleil au bon moment
L'orientation du bâtiment est le geste architectural le plus impactant et le moins coûteux. Selon les données du Cerema, une bonne orientation permet de maximiser les apports solaires gratuits en hiver tout en limitant les surchauffes estivales. Le principe est simple : ouvrir la maison au sud pour capter les calories solaires quand le soleil est bas (hiver) et protéger les façades est et ouest, plus exposées au soleil rasant de l'été. Le ministère de la Transition écologique confirme que la re2020 renforce cette approche par rapport à la rt2012.
En pratique, les pièces de vie — salon, séjour, cuisine — doivent être positionnées côté sud, tandis que les espaces utilitaires (garage, cellier, buanderie, couloirs) servent de « tampons thermiques » au nord. Les simulations thermiques montrent qu'un projet bien orienté peut gagner jusqu'à 10 points de Bbio par rapport à un projet dont les ouvertures sont majoritairement tournées vers le nord. C'est considérable, sachant que le Bbio max en maison individuelle est fixé à 63 points en moyenne.
Il faut toutefois composer avec la réalité du terrain. Le plan local d'urbanisme (PLU), la forme de la parcelle et le voisinage imposent parfois des contraintes. L'objectif n'est pas de forcer une orientation plein sud à tout prix, mais de trouver le meilleur compromis entre apports solaires, respect du PLU et souhaits du maître d'ouvrage. Une orientation sud-est ou sud-ouest reste tout à fait acceptable et donne de bons résultats en simulation thermique re2020.
2. La compacité : réduire les surfaces déperditives
La compacité d'un bâtiment se mesure par le rapport entre sa surface déperditive (murs, toiture, plancher) et son volume chauffé. Plus ce rapport est faible, moins le bâtiment perd de chaleur. L'Ademe rappelle que la forme du bâtiment est un paramètre gratuit qui conditionne toute la performance énergétique future. Autrement dit, une forme simple et ramassée est toujours plus performante qu'une forme complexe avec de nombreux décrochés, retraits de façade ou avancées de toiture.
Les chiffres qui parlent
À surface habitable égale, les simulations menées par des bureaux d'études thermiques montrent un écart pouvant atteindre 10 points de Bbio entre un projet cubique ou rectangulaire et un projet présentant de nombreuses discontinuités. C'est l'un des leviers les plus puissants pour améliorer la compacité et donc la performance énergétique de votre construction.
Les formes les plus efficaces sont le cube et le rectangle. Cela ne signifie pas que toutes les maisons re2020 doivent être identiques : un léger décrochement pour marquer l'entrée ou un retrait pour une terrasse couverte restent compatibles avec de bonnes performances. En revanche, les plans en L, en U ou en étoile multiplient les angles et les ponts thermiques. Chaque angle sortant constitue un point de déperdition supplémentaire, comme expliqué dans notre article sur les angles sortants et entrants.
La maison à étage présente naturellement une meilleure compacité que la maison de plain-pied de même surface, car elle réduit la surface au sol (et donc la surface de toiture et de plancher bas). C'est un paramètre à considérer dès la phase d'avant-projet, en lien avec le conseil d'architecture local.
3. Les surfaces vitrées : la règle des 1/6 et au-delà
La re2020 impose que la somme des surfaces de baies vitrées soit supérieure ou égale à 1/6 de la surface habitable. Cette exigence, déjà présente en rt2012, garantit un apport minimal de lumière naturelle et réduit les besoins en éclairage artificiel. La Fédération française du bâtiment souligne l'importance de cette règle pour la qualité de vie des occupants. Le calcul du Bbio intègre d'ailleurs l'éclairage avec un coefficient de pondération de 5, ce qui signifie que chaque point gagné sur l'éclairage naturel a un impact 2,5 fois supérieur à celui du chauffage.
Mais attention au piège du « tout vitré ». Une surface vitrée est environ 5 à 8 fois plus déperditive qu'une paroi isolée. Au-delà de 25 % de la surface habitable en vitrages, les performances se dégradent : les déperditions hivernales augmentent, les risques de surchauffe estivale explosent, et l'effet « paroi froide » devient inconfortable. La fourchette idéale se situe généralement entre 16 et 25 % de la surface habitable, avec une répartition bien pensée selon les orientations.
La bonne pratique consiste à concentrer environ 60 % des surfaces vitrées sur la façade sud, où le soleil bas d'hiver apporte un maximum de calories, tandis que les casquettes ou avancées de toiture protègent naturellement du soleil haut d'été. Les façades est et ouest reçoivent des ouvertures modérées — elles sont difficiles à protéger du soleil rasant — et la façade nord se limite au strict nécessaire pour la lumière. Cette répartition est détaillée dans notre guide sur le rôle des menuiseries extérieures en re2020.
4. Les protections solaires : la clé du confort d'été
Le confort d'été est l'une des grandes nouveautés de la re2020 par rapport à la rt2012. L'indicateur DH (degrés-heures d'inconfort) mesure la durée et l'intensité des périodes où la température intérieure dépasse les seuils de confort, fixés conventionnellement à 26 °C ou 28 °C selon les conditions extérieures. La valeur seuil à ne pas dépasser est de 1 250 DH. Au-delà, le projet est non conforme.
Les protections solaires extérieures constituent le levier le plus efficace pour maîtriser le confort d'été. Contrairement aux protections intérieures (rideaux, stores intérieurs) qui laissent la chaleur pénétrer dans l'ambiance avant de la « filtrer », les protections extérieures bloquent le rayonnement solaire avant qu'il ne traverse le vitrage. Selon le Cerema, les principales stratégies de confort d'été reposent sur trois piliers : les protections solaires, la ventilation nocturne et l'inertie thermique. Le référentiel Effinergie valorise également ces solutions passives dans ses labels de performance.
Volets automatisés : un gain mesurable
La gestion automatisée des protections solaires (volets roulants motorisés ou brises-soleil orientables à commande domotique) permet de gagner jusqu'à 10 points de Bbio, 4 points de Cep et 200 degrés-heures de DH sur un même projet. La logique est simple : fermer automatiquement les volets à l'est le matin, au sud en milieu de journée et à l'ouest en fin d'après-midi, sans dépendre de la présence des occupants. Pour aller plus loin, consultez notre article sur les volets à gestion automatique.
Les casquettes architecturales au-dessus des baies sud sont une solution passive et durable : le soleil haut d'été est bloqué naturellement, tandis que le soleil bas d'hiver passe sous la casquette et chauffe la pièce. C'est l'un des principes les plus élégants de l'architecture bioclimatique, utilisé depuis l'Antiquité et formalisé par la re2020.
5. L'inertie thermique : stocker et restituer la chaleur
L'inertie thermique désigne la capacité d'un matériau à absorber, stocker puis restituer lentement la chaleur. Un bâtiment à forte inertie amortit les variations de température : il se réchauffe lentement en journée et restitue la fraîcheur accumulée pendant la nuit. C'est un atout majeur pour le confort d'été, directement pris en compte dans le calcul du DH.
Les matériaux à forte inertie comprennent le béton, la brique de terre cuite (type monomur ou brique alvéolaire), la pierre et les chapes béton sur plancher. Une dalle béton au rez-de-chaussée, par exemple, absorbe les apports solaires de la journée et les restitue lentement le soir, lissant ainsi les pics de température. Le CSTB souligne que l'inertie fonctionne en tandem avec la ventilation nocturne : la masse thermique du bâtiment stocke la chaleur en journée, puis cette chaleur est évacuée la nuit par une ventilation traversante ou par surventilation mécanique. L'AICVF (Association des ingénieurs en climatique, ventilation et froid) recommande de coupler inertie et ventilation pour un confort optimal.
Les constructions à ossature bois, naturellement légères, présentent une inertie plus faible. Cela ne les exclut pas de la re2020, mais impose des solutions compensatoires : chape béton au sol, cloisons en plaques de plâtre épaisses ou remplissage des murs en matériaux lourds. Le Comité national pour le développement du bois accompagne les professionnels sur ces problématiques. Le choix du mode constructif doit donc être cohérent avec la stratégie bioclimatique globale, en particulier dans les zones climatiques les plus chaudes comme l'arc méditerranéen. L'organisme Qualité Construction publie régulièrement des retours d'expérience sur les performances réelles des bâtiments re2020. Pour en savoir plus sur les matériaux et leur impact carbone, consultez notre article sur les matériaux biosourcés en re2020.
Exemples concrets de conception bioclimatique
Maison de 120 m² en région lyonnaise
La famille Martin fait construire une maison rectangulaire de plain-pied, orientée nord-sud. Le salon et la cuisine disposent de grandes baies vitrées au sud (18 m² de vitrages) protégées par une casquette de 80 cm. Les chambres sont à l'est avec des volets roulants motorisés à gestion automatique. La façade nord ne comporte que deux petites fenêtres pour la salle de bains et le cellier.
Résultat : un Bbio de 48 points pour un seuil max de 63. Le projet dispose d'une marge confortable de 15 points, obtenue principalement grâce à la conception bioclimatique, sans recourir à une sur-isolation coûteuse. Le DH atteint 380, bien en dessous du seuil de 1 250, grâce à la combinaison casquette + volets automatiques + dalle béton (inertie).
Maison à étage de 95 m² en Bretagne
Le couple Lefèvre opte pour une maison à étage cubique en ossature bois. La compacité naturelle de l'étage compense partiellement la faible inertie du bois. Une chape béton de 8 cm est coulée au rez-de-chaussée pour apporter de la masse thermique. Les menuiseries sont majoritairement au sud (Uw ≤ 1,1 W/m².K) avec des brises-soleil orientables motorisés.
Résultat : un Bbio de 55 points (seuil max : 63). Le confort d'été est assuré avec un DH de 220, largement sous le seuil. La compacité de la forme cubique a permis de compenser la légèreté de l'ossature bois. Le surcoût lié aux BSO et à la chape est estimé à environ 3 000 €, rapidement amorti par les économies d'énergie.
Ces deux exemples illustrent un point essentiel : la conception bioclimatique n'est pas réservée aux projets haut de gamme. Elle repose sur des choix architecturaux intelligents, qui ne coûtent parfois rien de plus qu'un plan mal orienté. C'est en phase de conception, avant le dépôt du permis de construire, que tout se joue. Notre guide des bonnes pratiques de conception re2020 détaille l'ensemble des leviers disponibles.
Conclusion et points clés à retenir
La conception bioclimatique n'est pas une option en re2020, c'est le socle sur lequel repose toute la conformité réglementaire. Avant de parler de pompe à chaleur, de VMC ou de panneaux photovoltaïques, c'est la qualité du bâti qui détermine si un projet sera facilement conforme ou s'il devra être « rattrapé » par des équipements coûteux.
Les cinq principes à retenir sont les suivants. L'orientation sud des pièces de vie et des vitrages principaux permet de maximiser les apports solaires gratuits en hiver, avec un gain potentiel de 10 points de Bbio. La compacité du bâtiment réduit les surfaces déperditives et peut représenter également jusqu'à 10 points de Bbio de différence entre un plan compact et un plan fragmenté. Les surfaces vitrées doivent représenter entre 16 et 25 % de la surface habitable, majoritairement au sud, en respectant la règle minimale des 1/6. Les protections solaires extérieures et automatisées sont indispensables pour le confort d'été et permettent de gagner jusqu'à 200 degrés-heures sur l'indicateur DH. Enfin, l'inertie thermique, apportée par des matériaux lourds (béton, brique, chape), stabilise les températures intérieures en toutes saisons.
Ces principes ne s'opposent pas à la créativité architecturale. Ils constituent un cadre dans lequel l'architecte et le bureau d'études thermiques travaillent ensemble pour concevoir un projet performant, confortable et esthétique. Faire appel à un bureau d'études thermiques dès la phase d'esquisse permet de valider les choix bioclimatiques avant que les plans ne soient figés, et d'éviter des modifications coûteuses en cours de projet.
La re2020 marque un retour aux fondamentaux de l'architecture : construire avec le climat, pas contre lui. C'est finalement le bon sens retrouvé des bâtisseurs d'autrefois, formalisé par les outils de calcul et les exigences réglementaires d'aujourd'hui. Le label Bâtiment Bas Carbone (BBCA) et les certifications Qualitel s'inscrivent dans cette même logique de performance globale du bâtiment.