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Construction 2025 : entre crise du neuf et révolution verte

Publié le 23/12/2025 | Temps de lecture : 8 min
Construction 2025 : entre crise du neuf et révolution verte

Le secteur du bâtiment se réinvente face aux défis environnementaux et économiques de 2025

L'essentiel en 30 secondes

Le marché de la construction en France affiche 215 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, mais le logement neuf atteint un plancher historique avec seulement 289 000 logements commencés. Bonne nouvelle : la rénovation explose et représente désormais 53,5% du marché. La pompe à chaleur règne en maître (98% des maisons neuves) et les matériaux biosourcés passent de 1% à 11% de parts de marché. La révolution verte est en marche.

Par Antoine Maréchal · Publié le 23/12/2025

Introduction : 2025, l'année de tous les paradoxes

Imaginez un secteur qui pèse 215 milliards d'euros, emploie des centaines de milliers de personnes, et qui pourtant se gratte la tête en regardant ses chiffres. Bienvenue dans le monde merveilleux de la construction française en 2025, où le neuf plonge pendant que la rénovation fait le grand saut.

Cette année marque un tournant décisif. D'un côté, le logement neuf atteint des niveaux de production qu'on n'avait pas vus depuis... les années 1950 (oui, l'époque de vos grands-parents). De l'autre, la re2020 transforme en profondeur les pratiques, propulsant les pompes à chaleur et les matériaux biosourcés sur le devant de la scène. Alors, catastrophe ou renaissance ? Spoiler : c'est un peu des deux, et c'est passionnant.

Sommaire

Les chiffres clés du marché de la construction 2025

Avant de plonger dans le vif du sujet, posons quelques chiffres sur la table. Le secteur du bâtiment en France, c'est environ 381 000 entreprises actives qui génèrent un chiffre d'affaires global de 215 milliards d'euros. Impressionnant, n'est-ce pas ?

Mais voilà où ça se corse : l'activité globale affiche une baisse de l'ordre de 0,2% à 1,5% en 2025. C'est mieux que les -2,5% à -2,8% de 2024, certes, mais on reste dans le rouge. La bonne nouvelle, c'est que la tendance s'améliore. Selon la Fédération Française du Bâtiment (FFB), la reprise n'interviendra véritablement qu'en 2026, mais 2025 marque déjà le ralentissement de la baisse.

Infographie des chiffres clés du marché de la construction 2025

Les principaux indicateurs du marché de la construction en 2025

Le fait marquant de cette année : la rénovation prend officiellement le dessus sur le neuf. Elle représente désormais 53,5% du marché total, soit environ 115 milliards d'euros. Une première historique qui traduit une mutation profonde du secteur, poussée par les objectifs de neutralité carbone à l'horizon 2050 et les dispositifs d'aide comme MaPrimeRénov'.

La crise du logement neuf : retour aux années 1950

Accrochez-vous bien : en 2025, la France n'a mis en chantier que 289 000 logements en rythme annuel sur les sept premiers mois. Pour mettre ce chiffre en perspective, la moyenne depuis 1986 tourne autour de 359 000. Et pour retrouver un niveau aussi bas, il faut remonter... à 1954. Vos grands-parents, donc.

La FFB n'y va pas par quatre chemins et parle d'un "véritable crash". Les causes sont multiples : hausse des coûts de construction (le prix moyen oscille entre 1 700 et 1 900 €/m² pour une maison prête à décorer), conditions de crédit qui se sont durcies, incertitudes politiques, et normes environnementales plus strictes.

Bon à savoir : les disparités régionales

Toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne. L'Île-de-France accuse le coup avec une chute de 25% des mises en chantier en un an, bien pire que la moyenne nationale. En revanche, la Bretagne, les Pays de la Loire et le Grand Est tirent leur épingle du jeu avec des volumes d'activité qui résistent mieux. Les régions de la moitié ouest semblent globalement mieux se porter que celles de l'est.

Une lueur d'espoir tout de même : depuis début 2025, les lancements de chantiers progressent entre +7,7% et +13,1%, et les autorisations grimpent de +11,9% à +22,7%. Le logement collectif tire cette dynamique, notamment grâce aux initiatives d'Action Logement et de CDC Habitat. L'individuel repart plus timidement (+3,1% à +4,4%), aidé par le retour du PTZ dans les zones B2 et C.

RE2020 seuil 2025 : la révolution carbone en marche

Depuis le 1er janvier 2025, la re2020 a franchi une nouvelle étape avec le premier palier de renforcement des exigences. Et autant vous le dire tout de suite : ça ne rigole plus côté carbone.

L'Ic construction (l'impact carbone des matériaux) baisse de 17% pour les maisons individuelles et les bureaux, et de 12% pour les logements collectifs. L'objectif ? Réduire en moyenne de 15% l'empreinte carbone des bâtiments neufs. Comme le rappelle le portail officiel RE-Bâtiment, la France se positionne en pionnière européenne sur cette trajectoire de décarbonation.

Évolution des seuils carbone de la RE2020 entre 2022 et 2031

Les seuils de la re2020 se renforcent progressivement jusqu'en 2031

Concrètement, qu'est-ce que ça change ? Le gaz seul est désormais pratiquement exclu des logements collectifs neufs (son Ic énergie baisse de 53%), remplacé par des solutions décarbonées : pompes à chaleur, réseaux de chaleur urbains ou biomasse. Pour les maisons individuelles, la contrainte est moins brutale sur l'énergie, mais l'architecture bioclimatique devient quasi-obligatoire sous peine de devoir sur-isoler à grands frais.

Autre nouveauté notable : le décret du 31 décembre 2024 introduit une modulation spécifique pour les panneaux photovoltaïques, afin que leur mise en place ne soit pas bloquée par leur propre impact carbone (un comble !). Des assouplissements ont également été accordés pour les petits logements et les maisons du Sud de la France, où l'exigence de sur-isolation était jugée trop stricte.

La pompe à chaleur : 98% des maisons neuves équipées

S'il y a une grande gagnante de la re2020, c'est bien la pompe à chaleur (PAC). Dans les maisons individuelles neuves, elle s'impose à 98% comme système de chauffage de référence. Oui, vous avez bien lu : 98%. Selon Pôle Habitat-FFB, plus des trois quarts des acquéreurs (76%) optent spontanément pour ce mode de chauffage.

Et pour cause : une PAC bien dimensionnée permet de diviser par deux à trois la facture de chauffage par rapport à l'électrique direct. Selon l'AFPAC (Association Française pour les Pompes à Chaleur), ces équipements puisent en moyenne 70% de leur énergie dans l'environnement, les 30% restants provenant de l'électricité. Autrement dit, pour 1 kWh d'électricité consommée, la PAC restitue jusqu'à 3-4 kWh de chaleur.

PAC hybride : le compromis pour le collectif

En logement collectif, les solutions hybrides associant PAC électrique et chaudière à gaz à condensation gagnent du terrain. Elles permettent d'atteindre les seuils 2025 de la re2020 tout en optimisant les coûts. Le principe : la PAC assure 100% du chauffage tant que les conditions sont favorables (au-dessus de 0°C), puis la chaudière prend le relais lors des pics de froid. Plus de 10 fabricants proposent désormais ce type de solution, preuve que le marché est mûr.

Matériaux biosourcés : de la niche au mainstream

Voici peut-être la statistique la plus spectaculaire de cet article : les matériaux biosourcés sont passés de 1% de parts de marché en 2016 à 11% en 2025. Une multiplication par onze en moins de dix ans. On peut officiellement parler de sortie de niche.

Le bois mène la danse avec un chiffre d'affaires de 4,6 milliards d'euros pour la filière construction bois en 2024, représentant près de 49% de la valeur ajoutée de la filière forêt-bois française. Au Prix National de la Construction Bois 2025, plus de 65% des 634 projets déposés intégraient du bois français, une tendance en hausse constante depuis 2022.

Construction bois contemporaine en France

Le bois s'impose comme le matériau phare de la construction durable

Côté isolation, la France dispose désormais de 19 sites industriels produisant des isolants biosourcés (laine de bois, chanvre, ouate de cellulose...), avec une capacité totale de 60 millions de m² annuels. Actuellement, seulement la moitié de cette capacité est utilisée, ce qui laisse entrevoir un potentiel de doublement du marché à court terme.

Les solutions hybrides se multiplient également : ossature bois avec isolation paille, béton de chanvre, terre crue... Ces combinaisons permettent d'optimiser à la fois le stockage carbone et la performance thermique. Comme le souligne le Comité National pour le Développement du Bois, la préfabrication bois devient un levier majeur de la transition écologique, offrant rapidité de mise en œuvre, qualité et sobriété.

Exemples concrets : quand la théorie rencontre le terrain

Pour illustrer ces grandes tendances, prenons quelques exemples parlants de ce que signifie construire en 2025.

Maison individuelle RE2020 : Pour une maison de 120 m² en zone H2, le budget moyen se situe entre 204 000 € et 228 000 € (hors terrain). L'étude thermique re2020 est obligatoire avant le dépôt du permis de construire. La solution type ? Ossature bois ou maçonnerie avec isolation renforcée, PAC air-eau pour le chauffage et l'eau chaude, VMC double flux, et triple vitrage côté nord. Le Bbio (besoin bioclimatique) doit être inférieur au Bbio max, sous peine de devoir revoir la conception.

Logement collectif à Tours : L'éco-quartier L'Écho du Bois, sur l'ancien site des casernes Beaumont Chauveau, accueillera 300 logements, des bureaux, des commerces et une crèche. Construction mixte bois-béton, le projet utilise 1 700 m³ de bois labellisé PEFC et inclut une Maison de la Forêt et des matériaux biosourcés. Ce type de programme illustre parfaitement la nouvelle façon de concevoir l'habitat collectif : densité, mixité fonctionnelle et exemplarité environnementale.

Ces exemples montrent que les nouvelles exigences, si elles représentent un défi, sont parfaitement atteignables. Selon l'observatoire de la re2020, 34% des maisons individuelles et 59% des immeubles affichent une performance Bbio supérieure de plus de 10% au seuil réglementaire. La filière s'adapte, innove, et les résultats suivent.

Conclusion : les points clés à retenir de 2025

Alors, que faut-il retenir de cette année 2025 pour le marché de la construction française ? Plusieurs enseignements majeurs se dégagent de notre analyse.

Premièrement, le logement neuf traverse une crise historique avec des niveaux de production inédits depuis 70 ans, mais les premiers signes de reprise apparaissent. Deuxièmement, la rénovation devient officiellement le segment majoritaire du marché (53,5%), actant un changement de paradigme durable. Troisièmement, la re2020 seuil 2025 accélère la décarbonation avec des résultats tangibles : 98% de PAC en maison neuve, quasi-disparition du gaz en collectif.

Quatrièmement, les matériaux biosourcés réalisent une percée spectaculaire (de 1% à 11% en neuf ans) et disposent encore d'un fort potentiel de croissance. Cinquièmement, malgré la hausse des coûts et des normes, les entreprises s'adaptent et innovent, notamment via la préfabrication et les solutions hybrides.

En définitive, 2025 marque bien un tournant pour le secteur du bâtiment. Si les difficultés conjoncturelles sont réelles, les transformations structurelles engagées dessinent les contours d'une construction plus sobre, plus locale et plus respectueuse de l'environnement. Les prochaines échéances de la re2020 (2028, 2031) continueront d'accentuer cette dynamique. L'avenir de la construction sera durable, ou ne sera pas.

Vision de la construction durable en France

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