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La re2020 empêche-t-elle d'installer un climatiseur ?

Publié le 20/07/2026 | Temps de lecture : 9 min | Article lu 17 fois.
La re2020 empêche-t-elle d'installer un climatiseur ?

Climatiseur et re2020 : une cohabitation bien plus simple qu'on ne le croit.

Adrien Leclerc Auteur : Adrien Leclerc — Thermicien, spécialiste des études réglementaires re2020 et rt2012

En résumé

Non, la re2020 n'interdit pas d'installer un climatiseur. Mieux encore : dès qu'un logement présente un inconfort d'été, le calcul réglementaire lui ajoute une consommation de refroidissement fictive, comme si une climatisation existait déjà. Ce forfait étant souvent plus sévère que la consommation d'une clim réelle performante, installer un climatiseur ne dégrade généralement pas l'étude thermique.

Introduction : une idée reçue qui a la vie dure

« Avec la re2020, on n'a plus le droit de mettre la clim. » Cette phrase, nous l'entendons chaque été au bureau d'études, de la part de particuliers comme de constructeurs. Elle est fausse, et doublement fausse. D'abord parce qu'aucun texte de la réglementation environnementale 2020 n'interdit le refroidissement actif. Ensuite, et c'est plus surprenant, parce que le moteur de calcul intègre de lui-même une climatisation « fictive » dans la plupart des projets. Dans cet article, nous allons voir ce que disent réellement les textes, comprendre le mécanisme du forfait de refroidissement, et découvrir pourquoi une vraie climatisation fait parfois mieux que la clim imaginaire de la réglementation.

Sommaire

Ce que dit vraiment la re2020 sur la climatisation

Commençons par la base. La re2020, entrée en vigueur le 1er janvier 2022 pour les maisons individuelles et définie notamment par le décret et l'arrêté publiés sur Légifrance, encadre cinq usages énergétiques dans le calcul de la consommation d'énergie primaire : le chauffage, l'eau chaude sanitaire, l'éclairage, les auxiliaires… et le refroidissement. Autrement dit, la climatisation n'est pas bannie de la réglementation : elle en fait partie intégrante, au même titre que votre chaudière ou votre système de chauffage. Si le refroidissement était interdit, il n'aurait tout simplement pas de case dans le moteur de calcul.

Ce que la re2020 encadre en revanche très sérieusement, c'est le confort d'été. Elle introduit pour cela l'indicateur dh (degrés-heures), qui cumule sur une année conventionnelle les heures et les degrés d'écart au-delà de la température de confort. Deux seuils structurent l'analyse :

  • dh inférieur à 350 : le logement est jugé confortable en été, aucune pénalité ne s'applique.
  • dh supérieur à 1250 : le projet est non conforme, le permis de construire ne peut pas s'appuyer sur cette étude. Ce plafond peut être légèrement modulé, par exemple en zone de bruit où l'ouverture nocturne des fenêtres est impossible.

Entre 350 et 1250 dh, le logement reste conforme, mais il est considéré en « inconfort tolérable » et se voit appliquer une pénalité sur son cep. C'est précisément là que la climatisation fictive entre en scène. Le point essentiel à retenir de cette section : nulle part, ni dans les textes officiels du ministère de la Transition écologique, ni dans la méthode de calcul élaborée avec le CSTB, il n'est écrit qu'un climatiseur est interdit dans une construction neuve.

Schéma des seuils dh 350 et 1250 du confort d'été re2020

Les trois zones de l'indicateur dh : confortable, inconfort tolérable avec forfait, non conforme.

Le refroidissement fictif : une clim déjà comptée dans votre étude

Voici le mécanisme que peu de particuliers connaissent, et qui change tout. Lorsqu'un logement non climatisé obtient un dh compris entre 350 et 1250, le moteur de calcul lui ajoute d'office une consommation de refroidissement dite « fictive » ou « forfaitaire ». La logique du législateur est simple : si le logement surchauffe, il y a fort à parier que ses occupants finiront par installer une climatisation après la livraison. Autant anticiper cette consommation dès l'étude, plutôt que de la découvrir dans la vraie vie.

Ce forfait est progressif : plus le dh se rapproche de 1250, plus la consommation fictive ajoutée au cep est élevée. Il est également modulé selon la zone climatique et le type de bâtiment. Concrètement, une maison qui surchauffe à Marseille se voit attribuer une clim imaginaire plus gourmande qu'une maison équivalente à Lille.

La conséquence pratique est contre-intuitive mais implacable : que vous installiez ou non un climatiseur, votre étude thermique compte déjà du refroidissement dès que le dh dépasse 350. Renoncer à la clim « pour ne pas pénaliser l'étude » ne sert donc à rien : la pénalité est déjà là, sous forme de forfait. Si le projet est réellement climatisé, le calcul remplace simplement le forfait par la consommation réelle du système déclaré, avec ses performances propres.

Vraie clim contre forfait : pourquoi le quota est souvent plus sévère

C'est ici que l'idée reçue se retourne complètement. Les concepteurs de la méthode ont volontairement calibré les consommations de refroidissement fictives à un niveau supérieur à ce que consommerait un système de climatisation réel. L'objectif assumé était d'inciter les constructeurs à soigner la conception passive plutôt qu'à compter sur la clim pour rattraper un bâtiment mal conçu.

Or les climatiseurs et pompes à chaleur air/air actuels affichent des performances remarquables. Les meilleurs appareils du marché, recensés notamment par l'Association française pour les pompes à chaleur et les industriels du génie climatique regroupés au sein d'Uniclima, atteignent des SEER (coefficient d'efficacité saisonnier en froid) de 6 à plus de 8 : pour 1 kWh d'électricité consommé, ils restituent 6 à 8 kWh de froid. Le forfait fictif, lui, repose sur des hypothèses conventionnelles nettement moins flatteuses.

Résultat : dans de nombreux projets, déclarer une pac air/air réversible performante conduit à une consommation de refroidissement calculée inférieure au forfait qui aurait été appliqué sans elle. L'étude thermique peut donc ressortir légèrement meilleure avec la climatisation qu'avec la clim fictive. Ce n'est pas systématique, chaque projet a ses équilibres, mais c'est suffisamment fréquent pour tordre le cou définitivement à l'idée d'une re2020 « anti-clim ».

Comparaison entre forfait de refroidissement fictif et consommation d'une climatisation réelle

Le forfait conventionnel est calibré au-dessus de la consommation d'une climatisation performante.

Et côté carbone ? Fluides frigorigènes et bilan environnemental

Soyons honnêtes jusqu'au bout : la climatisation n'est pas neutre pour autant dans une étude re2020. Elle intervient aussi dans le volet environnemental, à travers deux canaux. D'une part, l'équipement lui-même entre dans l'analyse du cycle de vie du bâtiment et alourdit l'indicateur icconstruction, comme tout composant supplémentaire. D'autre part, les fluides frigorigènes utilisés ont un potentiel de réchauffement global qui pèse dans le bilan : c'est la raison pour laquelle le marché migre du R410A vers le R32, puis vers le R290 (propane), au potentiel de réchauffement quasi négligeable.

Il faut aussi penser au réseau électrique : comme le rappelle RTE, la généralisation de la climatisation crée des pointes de consommation estivales. Une clim bien dimensionnée et bien utilisée, dans un logement bien conçu, reste toutefois un poste modeste : quelques dizaines à quelques centaines de kilowattheures par été pour une maison individuelle correctement isolée, loin devant le chauffage dans la hiérarchie des consommations. L'Ademe recommande d'ailleurs de ne climatiser que les pièces utiles et de régler la consigne à 26 °C plutôt qu'à 22 °C, ce qui divise sensiblement la facture comme l'impact.

Le passif d'abord : faire baisser le dh avant de brancher la clim

Si la re2020 n'interdit pas la climatisation, elle réussit néanmoins son pari : pousser les concepteurs à traiter la surchauffe à la source. Avant d'ajouter un climatiseur, l'étude cherche toujours à réduire le dh par des moyens passifs, qui amélioreront le confort avec ou sans clim :

  • les protections solaires : casquettes, brise-soleil, volets à gestion automatique ;
  • l'inertie thermique et une isolation soignée, promues par des démarches comme celles d'Effinergie ;
  • la surventilation nocturne, qui décharge la chaleur accumulée dans la journée ;
  • les brasseurs d'air de plafond, valorisés par le moteur de calcul car ils relèvent la température ressentie tolérée.

Ces solutions, documentées par des organismes comme le Cerema ou l'Agence Qualité Construction, font d'une pierre trois coups : elles abaissent le dh, réduisent le forfait fictif éventuel, et diminuent la puissance de climatisation nécessaire si vous décidez malgré tout de vous équiper. La clim devient alors un appoint de canicule, pas une béquille structurelle.

Exemples concrets

Maison de 110 m² près de Lyon (zone H1c), sans climatisation. L'étude aboutit à un dh de 620 : la maison est conforme, mais en inconfort tolérable. Le moteur de calcul lui ajoute un forfait de refroidissement fictif de plusieurs kWh/m².an dans le cep, alors qu'aucune clim ne figure au projet. Le maître d'ouvrage, persuadé de « protéger » son étude en renonçant au climatiseur, découvre qu'il paie déjà la pénalité d'une clim imaginaire.

La même maison, avec une pac air/air réversible déclarée (SEER 7,1). Le forfait disparaît et laisse place à la consommation réelle calculée du système. Grâce à l'excellente efficacité de l'appareil, cette consommation ressort en dessous du forfait fictif précédent : le cep s'améliore légèrement, et la maison gagne un vrai confort en canicule. Seule contrepartie : l'équipement pèse un peu plus dans le volet carbone, ce qui reste absorbable sur ce projet.

Maison à Montpellier (zone H3), dh initial de 1310. Ici, aucune climatisation, réelle ou fictive, ne sauve le dossier : le plafond de 1250 dh est dépassé et le projet est non conforme, car le dh se calcule indépendamment du système de refroidissement. Il faut retravailler la conception : casquettes dimensionnées, vitrages adaptés, surventilation nocturne. Après optimisation, le dh redescend à 780 ; le maître d'ouvrage installe ensuite sa clim en toute sérénité. C'est exactement l'esprit de la re2020 : concevoir d'abord, climatiser ensuite si besoin.

Unité extérieure de pompe à chaleur air/air sur une maison neuve conforme re2020

Une pac air/air réversible performante peut faire mieux que le forfait de refroidissement conventionnel.

Conclusion et points clés à retenir

La re2020 n'a jamais interdit le climatiseur : elle l'a au contraire institutionnalisé, en intégrant le refroidissement aux usages réglementés et en ajoutant une clim fictive aux logements qui surchauffent. Ce que la réglementation combat, ce n'est pas la climatisation, c'est le bâtiment mal conçu qui ne tient pas l'été sans elle.

  • Aucun texte de la re2020 n'interdit d'installer une climatisation dans une construction neuve.
  • Le refroidissement est l'un des cinq usages comptés dans le cep, au même titre que le chauffage.
  • Entre 350 et 1250 dh, un forfait de refroidissement fictif est ajouté aux logements non climatisés : la pénalité existe donc même sans clim.
  • Ce forfait est volontairement calibré au-dessus de la consommation d'une climatisation réelle performante : déclarer une pac air/air efficace peut améliorer le résultat.
  • Le dh se calcule indépendamment du système de refroidissement : la clim ne rattrape jamais une conception défaillante.
  • Le bon réflexe reste le duo passif + appoint : protections solaires, inertie et ventilation nocturne d'abord, climatisation sobre ensuite.

Vous hésitez à intégrer une climatisation à votre projet ? Faites simuler votre étude thermique re2020 avec et sans le système : c'est le seul moyen de décider sur des chiffres, pas sur des idées reçues.

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