Photovoltaïque après juin 2026 : la re2020 avait raison
L'essentiel en quelques lignes
Depuis le 5 juin 2026, la prime à l'autoconsommation a disparu et le surplus photovoltaïque n'est plus racheté que 1,1 centime par kilowattheure. L'économie rejoint ainsi la logique de la re2020, qui ne valorise depuis 2022 que l'électricité consommée sur place. Dimensionner petit, piloter ses usages et vérifier l'impact carbone des panneaux deviennent les trois règles d'or.
Le 4 juin 2026, un arrêté de cinq pages est paru au Journal officiel. Dès le lendemain, le photovoltaïque résidentiel français changeait de monde : plus de prime à l'investissement, un surplus payé une poignée de centimes, et la fin du vieux rêve de la toiture qui rapporte. Beaucoup de propriétaires l'ont vécu comme une trahison. Les thermiciens, eux, ont eu un petit sourire : cela fait quatre ans que le moteur de calcul de la re2020 ignore l'électricité exportée et ne regarde que ce qui est consommé sur place. Dans cet article, nous racontons comment la réglementation et le marché ont fini par dire la même chose, ce que cela change pour un projet de maison neuve, et comment en tirer parti sans se tromper de dimensionnement.
Sommaire
- Ce que la re2020 regarde vraiment dans vos panneaux
- Juin 2026 : la fin d'un modèle économique
- Le carbone des panneaux, révisé à la baisse
- Taux d'autoconsommation : la variable qui décide de tout
- Faut-il encore du photovoltaïque dans un projet re2020 ?
- Exemples concrets
- Conclusion et points clés à retenir
Ce que la re2020 regarde vraiment dans vos panneaux
Imaginez un compteur qui ne tourne que dans un sens. C'est, en résumé, la façon dont la re2020 traite une installation photovoltaïque. Le Cep, l'indicateur de consommation d'énergie primaire, ne comptabilise que les énergies importées par le bâtiment. Comme l'explique le dossier re2020 du Cerema, l'électricité produite sur la parcelle et consommée immédiatement n'est pas une énergie importée : elle sort donc du calcul et fait mécaniquement baisser le Cep et le Cep,nr. En revanche, l'électricité envoyée sur le réseau n'apporte rien. Pas un kilowattheure, pas un dixième de point.
Une valorisation au pas de temps horaire
La nuance est importante : le moteur de calcul ne compare pas la production annuelle à la consommation annuelle, il les confronte heure par heure. Si vos panneaux produisent 2 kWh à 13 h et que la maison n'en appelle que 0,4 kWh à ce moment-là, seuls 0,4 kWh sont déduits. Le reste part sur le réseau et disparaît du bilan réglementaire. C'est la différence majeure avec la rt2012, où un forfait de production pouvait être déduit sans se soucier de la simultanéité, ce qui avait transformé le photovoltaïque en joker de conformité. Le guide de saisie Cegibat précise un second détail : une partie de l'électricité autoconsommée efface des usages mobiliers (électroménager, bureautique) qui ne sont pas dans le périmètre du Cep. Cette fraction n'améliore donc pas davantage les indicateurs réglementaires.
Et le carbone ? Le lot 13 de l'ACV
Les panneaux ont un coût de fabrication en carbone, et la re2020 ne l'oublie pas. Ils sont saisis dans le lot 13 de l'analyse de cycle de vie, celui de la production locale d'électricité. Mais là encore, la règle est subtile. La FAQ officielle n° 090 explique que l'impact des modules est affecté au bâtiment au prorata du taux d'autoconsommation : si vous consommez 30 % de votre production, 30 % du carbone des panneaux pèse sur votre Ic construction ; les 70 % restants sont réputés appartenir aux voisins qui utilisent l'électricité injectée. La FAQ n° 072 ajoute que les panneaux posés sur un garage ou une ombrière de la parcelle sont pris en compte, à condition d'être inclus dans le permis de construire et raccordés au bâtiment.
| Destination du kWh | Effet sur Cep / Cep,nr | Effet sur Ic énergie | Part du carbone des panneaux (lot 13) | Valeur économique |
|---|---|---|---|---|
| Autoconsommé sur un usage réglementé (chauffage, ECS, auxiliaires, éclairage) | Déduit | Déduit | Imputée au bâtiment | Environ 20 c€ TTC évités |
| Autoconsommé sur un usage mobilier (électroménager, informatique) | Neutre | Neutre | Imputée au bâtiment | Environ 20 c€ TTC évités |
| Exporté sur le réseau | Neutre | Neutre | Non imputée | 1,1 c€ HT |
Sources : Cerema, FAQ re2020 n° 072 et 090, Cegibat, arrêté du 1er juin 2026.
Seule la zone où production et consommation se recouvrent heure par heure compte dans le calcul re2020.
Juin 2026 : la fin d'un modèle économique
Pendant quinze ans, un propriétaire pouvait raisonner comme un petit producteur : installer le maximum de panneaux que sa toiture acceptait, vendre toute l'électricité à EDF Obligation d'Achat, et encaisser. L'arrêté du 1er juin 2026, publié au Journal officiel du 4 juin et applicable aux demandes de raccordement déposées à partir du 5 juin, referme définitivement cette page pour les installations sur bâtiment jusqu'à 100 kWc. Trois décisions structurent le texte : la suppression de la prime à l'investissement, un tarif d'achat du surplus unique de 1,1 c€/kWh hors taxe indexé de 2 % par an sur vingt ans, et la fin de la vente en totalité, déjà actée pour les petites installations en mars 2025 et désormais étendue jusqu'à 100 kWc. La note de la Capeb relève aussi un détail pratique : les dossiers encore en instruction le 5 juin, même pour une simple pièce manquante, ont basculé dans le nouveau régime.
Pourquoi un tarif aussi bas ? La délibération de la Commission de régulation de l'énergie du 29 avril 2026 livre le raisonnement : le surplus des maisons arrive sur le réseau au pic de midi, quand l'électricité vaut le moins. En 2025, la CRE estime sa valeur de marché à environ 20 €/MWh, dont il faut retrancher 7 €/MWh de frais de gestion. Le tarif de 11 €/MWh correspond donc à un soutien jugé neutre pour les finances publiques. Le régulateur note au passage que la TVA réduite à 5,5 %, entrée en vigueur en octobre 2025, n'a pas relancé significativement les volumes, et que le segment des petites toitures dépassait encore ses objectifs au premier trimestre 2026.
Frise – Quatre ans de recul du soutien à la vente du surplus photovoltaïque (installations résidentielles jusqu'à 9 kWc)
Sources : service-public.gouv.fr (avril 2025), CRE, Légifrance, Ademe.
Le carbone des panneaux, révisé à la baisse
C'est l'autre nouvelle de l'année, passée presque inaperçue au milieu des débats tarifaires. Le 1er septembre 2026, l'Ademe, le centre Observation Impacts Énergie de Mines Paris-PSL, l'Institut national de l'énergie solaire du CEA et le laboratoire Certisolis ont publié des données actualisées sur la fabrication des modules, intégrées au rapport de référence de l'Agence internationale de l'énergie. Résultat, relayé par pv magazine France : là où la Base Empreinte retenait 43,9 gCO2eq par kilowattheure solaire, les panneaux installés aujourd'hui se situeraient entre 20 et 30 gCO2eq/kWh selon l'ensoleillement et le type de pose. Une baisse de 30 à 50 %, obtenue grâce à des rendements plus élevés et à des procédés de fabrication moins énergivores.
Pour un lecteur de maison neuve, cette révision a deux conséquences. D'abord, l'argument environnemental du photovoltaïque se renforce : à titre de comparaison, le gaz émet 420 gCO2eq/kWh et le charbon 1 060. Ensuite, et c'est plus technique, les données environnementales utilisées dans les calculs re2020 finiront par refléter cette baisse, ce qui allégera le poids du lot 13 dans l'analyse de cycle de vie. Patience toutefois : l'Ademe annonce une étude complète dont les conclusions définitives sont attendues fin 2027. D'ici là, les valeurs par défaut restent celles que connaissent les bureaux d'études.
Empreinte carbone d'un kilowattheure électrique selon la source (gCO2eq/kWh)
Sources : Ademe Base Empreinte, communiqué Ademe / Mines Paris-PSL / CEA-INES / Certisolis du 1er septembre 2026.
La majeure partie de l'empreinte carbone d'un panneau se joue à l'usine, bien avant la première journée de soleil.
Taux d'autoconsommation : la variable qui décide de tout
Réglementation et économie convergent donc vers une seule question : quelle part de votre production consommez-vous au moment où elle est produite ? L'Institut national de la consommation rappelle que, sans effort particulier, ce taux oscille entre 20 et 40 % dans une maison classique, parce que la famille est absente quand le soleil donne. Le talon de consommation permanent (réfrigérateur, box, VMC, veilles) représente seulement 400 à 500 kWh par an. Avec un pilotage des appareils, lave-linge et lave-vaisselle programmés à midi, ballon d'eau chaude déclenché sur excédent solaire, le même institut cite des taux pouvant atteindre 85 %.
Le centre de ressources photovoltaique.info, animé par l'association Hespul, insiste sur la distinction entre taux d'autoconsommation (part de la production consommée) et taux d'autoproduction (part des besoins couverts). Surdimensionner fait monter le second et chuter le premier : neuf kilowatts-crête sur une maison re2020 très sobre, c'est l'assurance d'exporter les trois quarts de sa production pour 1,1 centime. Dans une maison neuve, l'allié naturel du photovoltaïque est le ballon thermodynamique ou le cumulus programmé sur les heures solaires : l'eau chaude devient une batterie thermique gratuite, et ce poste est bien dans le périmètre du Cep.
Ce que vaut un kilowattheure photovoltaïque selon ce que vous en faites (c€/kWh, ordres de grandeur)
Sources : service-public.gouv.fr, CRE, arrêté du 1er juin 2026. Le prix du kWh évité dépend de votre contrat de fourniture.
Décaler l'eau chaude et le linge vers midi : le geste le plus rentable d'une installation photovoltaïque depuis juin 2026.
Faut-il encore du photovoltaïque dans un projet re2020 ?
La question nous est posée presque chaque semaine par des maîtres d'ouvrage inquiets. Notre réponse tient en deux temps. Sur le plan strictement réglementaire, le photovoltaïque n'a jamais été obligatoire et reste un levier modeste : dans une maison tout électrique, trois kilowatts-crête font gagner quelques kWhep/m².an sur le Cep et le Cep,nr, rarement de quoi sauver une étude en difficulté. Les gains viennent d'abord de l'enveloppe, de la pompe à chaleur et de la ventilation ; nous le détaillons dans notre guide photovoltaïque et re2020. Et si la question est seulement de satisfaire au seuil d'énergie renouvelable, le chauffe-eau solaire thermique est mieux traité par le calcul, puisque sa chaleur est stockée puis consommée sur place.
Sur le plan économique, la réponse est devenue plus franche qu'avant : oui, à condition de dimensionner pour consommer et non pour produire. Une petite installation de 2 à 4 kWc, couplée à un pilotage de l'eau chaude et des appareils, se rentabilise sur la facture évitée et non sur la revente. La prime ayant disparu, seule la TVA à 5,5 % subsiste comme coup de pouce fiscal, et elle exige précisément un système de pilotage de deux usages, des modules bas carbone et un installateur certifié : le législateur pousse dans la même direction que le thermicien. Le ministère de la Transition écologique rappelle d'ailleurs sur sa page consacrée au solaire que toute installation de moins de 250 kWc doit obtenir une attestation Consuel avant mise en service : un passage obligé à prévoir dans le planning de chantier.
Exemples concrets
Une maison de 120 m² à Villefranche-sur-Saône, 3 kWc en toiture sud
Famille de quatre personnes, chauffage par pompe à chaleur air-eau, ballon thermodynamique. En zone H1c, 3 kWc bien orientés produisent environ 3 300 kWh par an. Sans pilotage, le foyer autoconsomme 30 %, soit 990 kWh : environ 200 € d'achat évité, auxquels s'ajoutent 2 310 kWh de surplus rémunérés 25 € au tarif de 1,1 c€. Avant la réforme, le même surplus rapportait 92 € par an à 4 c€, et la prime de 240 € tombait la première année. En programmant le ballon thermodynamique à 13 h et les machines en journée, le taux grimpe à 60 % : près de 400 € évités, le surplus ne vaut plus que 15 €. Côté re2020, l'étude thermique ne retient que la part autoconsommée sur l'eau chaude et les auxiliaires : le Cep baisse d'environ 2 à 3 kWhep/m².an, et 60 % du carbone des panneaux entre dans l'Ic construction.
Un pavillon de 95 m² près de Nantes, projet initial de 9 kWc
Le constructeur proposait 9 kWc « pour être autonome ». Le couple consomme 3 800 kWh par an tout compris. Les 9 kWc produiraient environ 9 500 kWh : même avec un pilotage soigné, l'autoconsommation plafonne autour de 25 %, soit 2 400 kWh consommés et 7 100 kWh exportés pour 78 € par an. L'investissement supplémentaire par rapport à 3 kWc n'est jamais remboursé. Dans l'étude re2020, ces 9 kWc n'améliorent le Cep que marginalement de plus que 3 kWc, puisque la simultanéité horaire est la même, tandis que le lot 13 s'alourdit. Le bureau d'études a conseillé 3,5 kWc avec pilotage du ballon : facture divisée par un tiers, étude conforme, budget préservé.
| Scénario | Taux d'autoconsommation | kWh évités | Gain facture | Surplus vendu | Recette surplus | Total annuel |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Avant mars 2025 (12,69 c€) | 30 % | 990 | 198 € | 2 310 kWh | 293 € | 491 € |
| Mars 2025 – juin 2026 (4 c€) | 30 % | 990 | 198 € | 2 310 kWh | 92 € | 290 € |
| Depuis le 5 juin 2026, sans pilotage | 30 % | 990 | 198 € | 2 310 kWh | 25 € | 223 € |
| Depuis le 5 juin 2026, avec pilotage | 60 % | 1 980 | 396 € | 1 320 kWh | 15 € | 411 € |
Calculs Etude-bet à titre d'illustration ; la production réelle dépend de l'orientation, de l'inclinaison et des masques.
Même toit, même soleil : la petite installation pilotée rapporte plus par euro investi que la grande installation exportatrice.
Conclusion et points clés à retenir
Il y a quelque chose d'ironique à voir la réglementation, souvent accusée d'être déconnectée du réel, devancer le marché de quatre ans. En refusant dès 2022 de compter l'électricité exportée, la re2020 disait aux concepteurs ce que l'arrêté du 1er juin 2026 dit aujourd'hui aux propriétaires : le soleil ne se vend plus, il se consomme. Pour un projet de maison neuve, cela se traduit par des choix simples.
- Dimensionnez entre 2 et 4 kWc pour une maison re2020 sobre, et vérifiez la production attendue avant de signer.
- Programmez l'eau chaude, le lave-linge et le lave-vaisselle sur les heures solaires : c'est le levier qui pèse le plus, à la fois sur la facture et sur le Cep.
- Ne comptez pas sur le surplus : 1,1 c€/kWh indexé de 2 % par an sur vingt ans ne finance rien.
- Privilégiez des modules bas carbone : ils conditionnent la TVA à 5,5 % et pèseront moins dans l'Ic construction lorsque les bases de données intégreront les nouvelles valeurs de l'Ademe.
- Si l'objectif est seulement la conformité réglementaire, comparez avec un chauffe-eau solaire thermique, mieux valorisé par le calcul.
- Faites intégrer les panneaux dans l'étude thermique dès l'avant-projet, y compris ceux prévus sur un garage ou une ombrière de la parcelle.
Vous préparez un permis de construire et hésitez sur la puissance à retenir ? Nos études re2020 intègrent la simulation horaire de l'autoconsommation et chiffrent l'effet réel de vos panneaux sur chaque indicateur, en 48 heures.
Auteur : Antoine Maréchal