DPE 2026 : le coefficient électrique passe de 2,3 à 1,9
En bref
Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire dans le DPE est passé de 2,3 à 1,9. Ce changement, acté par l'arrêté du 13 août 2025, améliore l'étiquette énergétique de nombreux logements chauffés à l'électricité. Environ 850 000 habitations sortent du statut de passoire énergétique, sans aucun travaux. Attention : cette réforme ne concerne que le DPE, pas la re2020 en construction neuve.
Adrien Leclerc · Publié le 17/02/2026
Le coefficient de conversion de l'électricité dans le DPE passe de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026.
Pourquoi le DPE évolue en 2026 ?
Le diagnostic de performance énergétique (DPE) est devenu un document central de la politique énergétique française. Chaque année, environ 4 millions de DPE sont réalisés, principalement lors de ventes ou de mises en location. Or, depuis plusieurs années, un débat agitait la filière : le coefficient appliqué à l'électricité pour calculer la consommation en énergie primaire pénalisait-il injustement les logements chauffés à l'électricité ? Le gouvernement a tranché.
Dans cet article, vous allez comprendre ce que signifie concrètement ce changement de coefficient, pourquoi il a été décidé, quel est son impact sur votre logement et — point important — pourquoi il ne faut pas le confondre avec la re2020 qui régit la construction neuve.
Sommaire :
- Énergie primaire et énergie finale : les bases
- Ce qui change concrètement au 1er janvier 2026
- De 2,58 à 2,3 puis 1,9 : retour sur l'évolution du coefficient
- Quel impact pour votre logement ?
- DPE et re2020 : deux coefficients, deux logiques
- Que faire si vous avez déjà un DPE ?
- Exemples concrets de reclassement
- Conclusion et points clés
Énergie primaire et énergie finale : les bases
Avant de plonger dans les chiffres, un petit rappel s'impose. L'énergie finale, c'est l'énergie livrée chez vous : le gaz qui arrive dans votre chaudière, le fioul dans votre cuve, ou l'électricité dans vos prises. C'est celle qui apparaît sur votre facture.
L'énergie primaire, c'est l'énergie disponible dans la nature avant toute transformation : le soleil, le vent, l'uranium, le charbon, le gaz naturel en gisement. Pour vous fournir 1 kWh d'électricité chez vous, il a fallu mobiliser davantage d'énergie en amont (production en centrale, pertes sur le réseau, etc.).
L'énergie primaire intègre les pertes liées à la production et au transport de l'énergie.
Le facteur de conversion traduit ce rapport. Pour le gaz, le bois ou le fioul, il est égal à 1 : ces énergies sont directement consommées dans le bâtiment. Pour l'électricité, le calcul est plus complexe car la production passe par des centrales (nucléaires, thermiques, renouvelables) avec des rendements différents. C'est précisément ce facteur qui vient de changer dans le DPE, passant de 2,3 à 1,9. Pour mieux comprendre les indicateurs énergétiques utilisés dans la réglementation thermique, consultez nos fiches dédiées.
Ce qui change concrètement au 1er janvier 2026
L'arrêté du 13 août 2025
L'arrêté du 13 août 2025, publié au Journal officiel le 26 août, modifie officiellement le facteur de conversion de l'énergie finale en énergie primaire pour l'électricité dans le DPE. La valeur passe de 2,3 à 1,9, alignant ainsi la France sur la valeur par défaut retenue au niveau européen.
En clair : là où 1 kWh d'électricité consommé chez vous comptait pour 2,3 kWh en énergie primaire, il ne compte désormais plus que pour 1,9 kWh. Pour les autres énergies (gaz, fioul, bois), le facteur reste inchangé à 1.
Cette annonce, faite le 9 juillet 2025 par le Premier ministre, s'inscrit dans une volonté de mieux refléter les spécificités du mix électrique français, décarboné à plus de 90 % grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables. L'objectif affiché est double : corriger ce que le ministère de la Transition écologique qualifie d'« inégalité de traitement pénalisant l'électricité » et recentrer les efforts de rénovation sur les logements chauffés aux énergies fossiles.
De 2,58 à 2,3 puis 1,9 : retour sur l'évolution du coefficient
Le coefficient de conversion de l'électricité n'en est pas à sa première évolution. Voici un résumé chronologique :
- Avant 2021 (rt2012) : le coefficient était fixé à 2,58. Ce chiffre, utilisé depuis des décennies, reflétait un mix électrique où les centrales thermiques à flamme occupaient une place plus importante.
- 2021 (refonte du DPE et re2020) : le coefficient a été abaissé à 2,3, tenant compte de l'évolution du mix électrique français projeté à horizon 2035, conformément à la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).
- 1er janvier 2026 (réforme DPE) : le coefficient descend à 1,9, s'alignant sur la valeur par défaut européenne fixée par la directive sur la performance énergétique des bâtiments.
Cette trajectoire descendante traduit la décarbonation progressive du mix électrique français et la volonté politique de ne plus pénaliser l'électricité dans l'évaluation des logements. Rappelons que la France produit une électricité parmi les moins carbonées d'Europe, comme le montrent les données publiées par le Cerema et l'Ademe.
L'évolution du coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire depuis la rt2012.
Quel impact pour votre logement ?
Tous les logements utilisant de l'électricité — même partiellement pour l'éclairage ou les auxiliaires — voient leur consommation d'énergie primaire recalculée à la baisse. L'impact est évidemment plus marqué pour les logements dont le chauffage et l'eau chaude sanitaire sont assurés par l'électricité : pompe à chaleur, chauffe-eau thermodynamique, chauffage électrique à effet joule, etc.
Les chiffres clés de la réforme
- 850 000 logements sortent du statut de passoire énergétique (classes F ou G), sur les 4,8 millions de passoires que comptait le parc de résidences principales au 1er janvier 2023.
- La consommation d'énergie primaire affichée diminue de 17 à 20 % pour les logements tout électrique.
- Certains logements peuvent gagner une à deux classes DPE, sans aucun travaux.
- Aucun logement ne verra son étiquette se dégrader du fait de cette réforme.
Le DPE comporte deux étiquettes : une étiquette énergie (en kWh d'énergie primaire par m² et par an) et une étiquette climat (en kg de CO₂ par m² et par an). Le classement final retient la pire des deux. La modification du coefficient n'affecte que l'étiquette énergie. L'étiquette climat, elle, ne change pas. Il est donc possible que votre étiquette énergie s'améliore sans que votre classement global ne bouge, si c'est l'étiquette climat qui était déterminante.
Cette réforme complète un dispositif plus large de fiabilisation du DPE. Depuis le 1er juillet 2025, des mesures de contrôle renforcées sont en vigueur : formation des diagnostiqueurs durcie, QR code de traçabilité sur chaque DPE et lutte contre les diagnostics de complaisance. La Qualitel propose des ressources complémentaires pour comprendre les enjeux du nouveau DPE. Par ailleurs, l'Afnor encadre les normes techniques sur lesquelles s'appuient les méthodes de calcul.
Pour les propriétaires qui envisagent des travaux, la bonne nouvelle est que même sans changement immédiat de classe, le nouveau coefficient facilite l'atteinte d'une meilleure étiquette après rénovation. L'installation d'une pompe à chaleur dans un logement chauffé au gaz ou au fioul produira un gain DPE encore plus significatif qu'auparavant.
DPE et re2020 : deux coefficients, deux logiques
C'est sans doute le point le plus important à retenir, et pourtant le plus souvent confondu. La modification du coefficient à 1,9 ne concerne que le DPE, c'est-à-dire l'évaluation des logements existants lors d'une vente ou d'une location.
La re2020, qui régit la construction neuve depuis le 1er janvier 2022, conserve un coefficient de 2,3 pour le calcul du Cep (consommation d'énergie primaire). Les deux cadres réglementaires n'ont pas la même finalité :
- Le DPE évalue un logement existant pour informer l'acquéreur ou le locataire. Il utilise désormais un coefficient de 1,9.
- La re2020 fixe des exigences de conception pour les bâtiments neufs. Elle utilise toujours un coefficient de 2,3 pour le calcul du Cep et du Cep,nr.
Comme l'a souligné le site spécialisé Batirama, cette situation crée temporairement deux valeurs différentes pour un même paramètre physique. Un précédent existe déjà avec les contenus CO₂ des réseaux de chauffage urbain, différents entre DPE et re2020. Il n'est pas exclu qu'une harmonisation intervienne à terme, mais rien n'est encore annoncé.
Pour les porteurs de projets de construction neuve, les exigences re2020 restent donc inchangées. L'attestation pcmi14 et l'étude thermique re2020 continuent de s'appuyer sur le coefficient de 2,3.
DPE et re2020 : deux réglementations, deux coefficients de conversion distincts.
Que faire si vous avez déjà un DPE ?
Si vous disposez d'un DPE réalisé avant le 1er janvier 2026 (et après le 1er juillet 2021), il reste parfaitement valable pendant 10 ans. Toutefois, si le nouveau mode de calcul améliore votre classement, vous pouvez obtenir gratuitement une attestation de nouvelle étiquette sur le site de l'Observatoire DPE-Audit de l'Ademe. Le CSTB, qui développe les moteurs de calcul réglementaires, a contribué à la mise en œuvre technique de cette évolution.
Pour cela, il suffit de saisir le numéro de votre DPE (visible en haut à droite du rapport). L'attestation générée remplace officiellement l'étiquette initiale et peut être utilisée lors d'une vente, d'une mise en location ou d'une demande d'aide à la rénovation type MaPrimeRénov'. Elle a la même durée de validité que le DPE d'origine.
Pour les audits énergétiques réalisés avant le 1er janvier 2026, une attestation similaire est également téléchargeable sur le même site. Elle peut être jointe aux dossiers MaPrimeRénov' déposés à compter de cette date. Le demandeur reste libre de choisir le document qu'il soumet (ancien ou nouveau calcul).
L'Ademe précise que la nouvelle attestation prend aussi en compte les seuils spécifiques aux petites surfaces (logements de moins de 40 m²), intégrés au DPE depuis la simplification de 2024. Si vous êtes propriétaire d'un petit logement chauffé à l'électricité, l'impact cumulé des deux mesures peut être significatif.
Exemples concrets de reclassement
Appartement tout électrique de 65 m²
Un appartement chauffé par des convecteurs électriques et équipé d'un cumulus électrique affiche une consommation d'énergie finale de 200 kWh/m²/an.
- Avant la réforme : 200 × 2,3 = 460 kWh EP/m²/an → Classe G (passoire énergétique)
- Après la réforme : 200 × 1,9 = 380 kWh EP/m²/an → Classe F
Le logement sort du classement G et n'est plus considéré comme la catégorie la plus énergivore. Avec l'installation d'un ballon thermodynamique en remplacement du cumulus, le gain pourrait atteindre la classe E.
Maison avec pompe à chaleur air/eau
Une maison de 110 m² équipée d'une pompe à chaleur air/eau et d'un chauffe-eau thermodynamique affiche une consommation d'énergie finale de 80 kWh/m²/an.
- Avant la réforme : 80 × 2,3 = 184 kWh EP/m²/an → Classe D
- Après la réforme : 80 × 1,9 = 152 kWh EP/m²/an → Classe C
Le logement gagne une classe sur l'étiquette énergie. Si l'étiquette climat était déjà en C ou mieux, le classement global s'améliore également.
Logement chauffé au gaz
Un appartement chauffé au gaz avec une chaudière à condensation affiche une consommation finale de 150 kWh/m²/an dont 10 kWh/m²/an d'électricité (éclairage, auxiliaires).
- Avant la réforme : (140 × 1) + (10 × 2,3) = 163 kWh EP/m²/an
- Après la réforme : (140 × 1) + (10 × 1,9) = 159 kWh EP/m²/an
Le gain est minime (4 kWh EP/m²/an). Pour les logements chauffés au gaz ou au fioul, la réforme n'a quasiment aucun effet sur le classement. C'est précisément la logique recherchée : inciter au remplacement des chaudières fossiles par des systèmes électriques performants comme les pompes à chaleur.
Le gain de classe dépend du type d'énergie utilisée et du niveau de consommation du logement.
Conclusion et points clés à retenir
La baisse du coefficient de conversion de l'électricité de 2,3 à 1,9 dans le DPE marque une étape importante dans la politique énergétique française. En revalorisant les logements chauffés à l'électricité — une énergie très largement décarbonée en France —, cette réforme envoie un signal clair en faveur de l'électrification des usages et de la sortie des énergies fossiles dans le bâtiment.
Les points essentiels :
- Le coefficient passe de 2,3 à 1,9 pour l'électricité dans le DPE depuis le 1er janvier 2026, en application de l'arrêté du 13 août 2025.
- Environ 850 000 logements sortent du statut de passoire énergétique sans travaux.
- Les DPE existants restent valables. Une attestation gratuite de nouvelle étiquette est téléchargeable sur l'Observatoire DPE-Audit de l'Ademe.
- La re2020 conserve un coefficient de 2,3 pour la construction neuve : ne confondez pas les deux cadres.
- Les logements chauffés au gaz ou au fioul ne bénéficient quasiment pas de cette évolution. Le remplacement par une pompe à chaleur reste le levier le plus efficace.
- Cette réforme complète un plan de renforcement de la fiabilité du DPE (contrôles renforcés, QR code de traçabilité, lutte contre la fraude).
Pour vos projets de construction neuve soumis à la re2020, n'hésitez pas à nous contacter. Nos études thermiques intègrent les dernières évolutions réglementaires pour garantir la conformité de votre projet.