Étude re2020 et facture réelle : pourquoi l'écart ?
En résumé
L'étude thermique re2020 ne prédit pas votre facture : elle compare votre maison à un gabarit réglementaire. Occupants fictifs calculés d'après la surface, thermostat à 19 °C, absence de 10 h à 18 h, météo conventionnelle, électroménager exclu du calcul… Chaque convention éloigne le chiffre du vécu. Comprendre ces règles permet enfin de lire sa consommation réelle sans se tromper de coupable.
Introduction
Vous avez reçu votre étude thermique re2020, votre maison affiche un Cep de 55 kWh/m²/an, et pourtant la première facture annuelle raconte une tout autre histoire. Rassurez-vous : personne n'a triché, ni le bureau d'études, ni le constructeur, ni vous. Le calcul réglementaire et la facture ne mesurent tout simplement pas la même chose. Le premier est un calcul conventionnel, le second est la vie. Dans cet article, vous découvrirez les conventions cachées de la méthode Th-BCE 2020 : qui habite votre maison sur le papier, à quelle température, pendant combien de temps, sous quel ciel. Vous verrez ensuite, chiffres à l'appui, combien un thermostat réglé à 21 °C ou une famille nombreuse peuvent déplacer le curseur, et comment l'effet rebond s'invite dans les logements neufs les plus performants.
- Un calcul conventionnel, pas une prévision
- 19 °C sur le papier, 21 °C dans la vraie vie
- Eau chaude, électroménager : ce que l'étude compte et ne compte pas
- Une météo conventionnelle, avec l'été 2003 en bonus
- L'effet rebond, quand le confort grignote les économies
- Exemples concrets
- Conclusion et points clés à retenir
Un calcul conventionnel, pas une prévision
La re2020 évalue un bâtiment, pas un ménage. Pour comparer équitablement deux maisons, la méthode de calcul Th-BCE 2020 (annexe de l'arrêté du 4 août 2021 publié au Bulletin officiel) impose à toutes les maisons les mêmes habitants, les mêmes horaires et le même climat. Le Cerema le rappelle dans ses webinaires : les indicateurs Bbio, Cep et DH sont des calculs conventionnels, pas des calculs prévisionnels. C'est ce qui rend la réglementation juste… et la facture surprenante.
Des occupants fictifs calculés d'après la surface
Première convention : le logiciel ne connaît pas votre famille. Il calcule un « nombre d'adultes équivalents » (Nadeq) uniquement à partir de la surface habitable. Une maison de 100 m² est ainsi occupée, sur le papier, par environ 2,3 adultes équivalents, et une maison de 140 m² par un peu moins de 2,8. Que vous soyez un couple ou une tribu de six, le calcul ne bouge pas d'un iota. Ces occupants dégagent 90 W de chaleur chacun lorsqu'ils sont présents, et les appareils de la maison ajoutent forfaitairement 5,7 W/m² en période d'occupation.
19 °C le jour, 16 °C en absence
Deuxième convention : la température de consigne. En maison individuelle, le thermostat conventionnel est réglé à 19 °C en occupation et redescend à 16 °C lors des absences, courtes ou longues. L'été, la température de consigne de refroidissement est de 26 °C. Ces 19 °C ne sortent pas d'un chapeau : ils correspondent à la limite réglementaire de chauffage des logements fixée dans le code de l'énergie, que le ministère a rappelée au Sénat en précisant qu'il s'agit d'une température moyenne sur l'ensemble des pièces.
Un emploi du temps réglé comme une horloge
Troisième convention : le calendrier. Du lundi au vendredi, la maison conventionnelle est vide de 10 h à 18 h, sauf le mercredi où les occupants rentrent dès 14 h. Le week-end, tout le monde est à la maison 24 h sur 24. L'éclairage ne fonctionne que de 7 h à 10 h et de 18 h à 23 h. Une seule semaine de vacances est comptée dans l'année, la dernière de décembre. Le télétravailleur qui chauffe son bureau toute la journée, le retraité présent en permanence ou l'infirmière de nuit sortent donc tous du cadre.
Une journée de semaine dans la maison conventionnelle re2020
Chronologie reconstituée à partir des scénarios conventionnels « maison individuelle » de la méthode Th-BCE 2020 (annexe IV de l'arrêté du 4 août 2021).
Dans le calcul, la maison est vide chaque jour de 10 h à 18 h et le chauffage redescend à 16 °C.
| Paramètre | Valeur conventionnelle | Ce qui change dans la vraie vie |
|---|---|---|
| Nombre d'occupants | Nadeq calculé d'après la surface (≈ 2,3 pour 100 m²) | De 1 à 6 personnes pour la même surface |
| Consigne de chauffage | 19 °C en présence, 16 °C en absence | 20 à 22 °C observés chez une majorité de foyers |
| Consigne de refroidissement | 26 °C | Climatisation souvent réglée plus bas, ou absente |
| Présence en semaine | Absence de 10 h à 18 h (14 h le mercredi) | Télétravail, retraite, horaires décalés |
| Vacances | 1 semaine fin décembre | 2 à 5 semaines, souvent en été |
| Eau chaude sanitaire | 392 L à 40 °C par semaine et par adulte équivalent (56 L/jour) | 35 à 80 L/jour selon les personnes |
| Météo | Fichier conventionnel de la zone climatique | Hiver doux ou rigoureux, canicule réelle |
| Électroménager, cuisson, multimédia | Hors périmètre du Cep | Présents sur toutes les factures |
19 °C sur le papier, 21 °C dans la vraie vie
C'est la convention la plus lourde de conséquences. L'association Qualitel a enquêté auprès d'habitants de logements neufs basse consommation : 63 % des foyers vivent entre 20 et 22 °C, et 77 % à 20 °C ou plus. Les 19 °C réglementaires sont donc l'exception, pas la règle. Pour mesurer l'impact, Qualitel a recalculé quatre bâtiments avec la méthode réglementaire en passant la consigne de 19 à 21 puis 23 °C. Résultat : la consommation de chauffage grimpe en moyenne de 38 % à 21 °C et de 81 % à 23 °C pour les logements gaz et réseau de chaleur, et jusqu'à +44 % et +111 % pour la maison chauffée à l'électricité. Sur la consommation globale des cinq usages, cela représente +18 % à 21 °C et +41 % à 23 °C.
L'ADEME et le plan de sobriété donnent une règle de pouce cohérente : chaque degré en moins représente environ 7 % de consommation de chauffage en moins. Deux degrés de plus que la convention, et vous voilà déjà à +15 % par rapport à l'étude. Trois degrés, et l'écart approche le quart. Dans une maison re2020 bien isolée, le chauffage ne pèse plus qu'une fraction de la facture, donc l'effet en euros reste modéré ; mais en pourcentage de l'étude, il saute aux yeux.
Hausse de la consommation de chauffage selon la température de consigne (base 19 °C)
Source : Qualitel, dossier thématique « Température de consigne supérieure à la température conventionnelle », mars 2015, calculs Th-BCE sur quatre bâtiments basse consommation.
Deux degrés de plus que la convention suffisent à décaler la consommation de chauffage d'un bon tiers.
Eau chaude, électroménager : ce que l'étude compte et ne compte pas
Le Cep de la re2020 additionne cinq usages hérités de la rt2012 (chauffage, refroidissement, eau chaude sanitaire, éclairage, auxiliaires de ventilation et de distribution), auxquels s'ajoutent en collectif les ascenseurs, l'éclairage des parties communes et des parkings. La Fédération française du bâtiment détaille ce périmètre. En revanche, les usages dits mobiliers ne sont jamais comptabilisés : lave-linge, four, plaques de cuisson, réfrigérateur, téléviseur, box internet, console de jeux ou borne de recharge du véhicule électrique. Or ces appareils représentent une part importante de l'électricité d'un ménage. Comparer le Cep à la facture totale revient donc à comparer le prix d'un menu sans les boissons à l'addition complète.
L'eau chaude sanitaire a également sa convention. La méthode Th-BCE 2020 retient 392 litres d'eau à 40 °C par semaine et par adulte équivalent, soit 56 litres par jour, un chiffre issu des campagnes de mesure de l'ADEME et du COSTIC détaillées dans ce guide technique sur les besoins d'ECS. C'est moins que les 500 litres hebdomadaires de la rt2012, pour coller aux usages mesurés. Mais la dispersion est énorme : une personne seule consomme en moyenne 80 litres par jour, un membre d'une famille nombreuse 45 litres. Un ado amateur de douches interminables peut à lui seul doubler le poste eau chaude.
Dernière subtilité : les unités. Le Cep s'exprime en énergie primaire, et chaque kWh d'électricité relevé au compteur compte pour 2,3 kWh d'énergie primaire en re2020 (contre 2,58 en rt2012), comme l'explique Connaissance des énergies. Une maison tout électrique affichant 55 kWhep/m²/an consomme en réalité environ 24 kWh/m²/an au compteur pour les usages réglementés. Oublier cette division par 2,3 est l'erreur de lecture la plus fréquente.
Température de confort observée chez les habitants de logements neufs basse consommation
Source : enquêtes Qualitel auprès d'habitants de logements neufs labellisés BBC, citées dans le dossier thématique de mars 2015 (77 % des foyers à 20 °C ou plus).
Une météo conventionnelle, avec l'été 2003 en bonus
Votre maison n'est pas calculée sous le ciel de votre commune, mais sous celui de sa zone climatique, l'une des huit zones de France métropolitaine. Les fichiers météorologiques ont été reconstitués par Météo-France pour la re2020 afin d'intégrer l'évolution du climat récent, comme le rappelle le webinaire confort d'été du Cerema. Un hiver particulièrement doux ou un mois de janvier glacial feront donc varier la facture sans que l'étude n'ait rien à se reprocher.
Pour le confort d'été, la réglementation a même ajouté un ingrédient volontairement sévère. L'Agence qualité construction explique qu'une séquence caniculaire de référence, calquée sur l'épisode d'août 2003, est insérée dans les fichiers météo utilisés pour calculer l'indicateur DH de degrés-heures. Autrement dit, votre maison est testée chaque année sur le papier contre la pire canicule connue, alors que l'été réel peut être très clément… ou pire encore, comme certains étés récents l'ont montré localement. Lorsque la maison dépasse un certain niveau d'inconfort, un forfait de consommation de froid est ajouté au Cep, même sans climatiseur installé.
Le calcul applique à votre maison la météo conventionnelle de sa zone, avec une canicule de référence pour l'été.
L'effet rebond, quand le confort grignote les économies
Reste un phénomène bien documenté : plus un logement est performant, plus ses occupants s'autorisent de confort. Le Conseil d'analyse économique a croisé en 2023 les étiquettes DPE de milliers de logements avec les dépenses d'énergie réelles tirées de données bancaires. Entre un logement classé A ou B et un logement classé G, la consommation réelle par mètre carré n'augmente que de 86 %, alors que le diagnostic prévoit une multiplication par six. Les deux tiers de cet écart s'expliquent par l'ajustement du comportement des ménages : dans un logement très performant, on chauffe davantage, on ouvre plus volontiers les fenêtres, on relâche l'attention. Le dernier tiers relève des limites du modèle lui-même.
Ce mécanisme, baptisé effet rebond, n'est pas nouveau. Le CRÉDOC rappelait dès 2013 que les gains des réglementations thermiques successives sont en partie absorbés par l'évolution des modes de vie : logements plus grands, équipements plus nombreux, températures intérieures plus élevées. Une maison re2020 ne fait pas exception. Elle rend le confort si bon marché qu'il devient tentant d'en abuser, et c'est précisément ce que l'étude conventionnelle ne peut pas anticiper. La bonne nouvelle, c'est que ce levier est entièrement entre vos mains : contrairement à l'isolation, le thermostat se règle sans travaux.
Facilité à corriger chaque source d'écart entre étude et facture
Appréciation indicative Etude-bet : une note élevée signifie que l'occupant peut agir facilement sur ce poste, sans travaux.
Plus la maison est performante, plus le confort devient bon marché, et plus la tentation d'en profiter est forte.
Exemples concrets
La famille nombreuse et le ballon d'eau chaude
Une maison de 110 m² en zone H1c, près de Lyon, est calculée en re2020 avec environ 2,4 adultes équivalents, soit un besoin conventionnel d'eau chaude de 2,4 × 56 = 134 litres à 40 °C par jour. La famille qui s'y installe compte deux adultes et trois enfants, dont deux adolescents. À 45 à 56 litres par personne, le besoin réel tourne entre 225 et 280 litres par jour : le poste eau chaude pèse presque le double de ce qu'indique l'étude. Rien d'anormal, et surtout rien que le bureau d'études pouvait deviner : la surface n'a pas changé, seuls les occupants ont.
Le télétravailleur frileux
Dans un pavillon de 95 m² en zone H2b, l'étude re2020 annonce un Cep de 52 kWhep/m²/an, chauffage assuré par une pompe à chaleur. Son propriétaire travaille à domicile cinq jours sur sept et règle son thermostat à 21 °C de 7 h à 23 h, sans réduit en journée. Par rapport à la convention (19 °C avec abaissement à 16 °C de 10 h à 18 h), le poste chauffage s'envole d'environ 40 %, dans la lignée des +38 % mesurés par Qualitel à 21 °C. Comme le chauffage ne représente qu'une partie du Cep dans une maison aussi isolée, la hausse de l'ensemble des usages réglementés reste de l'ordre de 15 à 20 %. En revanche, ses deux écrans, son imprimante et sa machine à café, hors périmètre, s'ajoutent intégralement à la facture.
Le couple économe surpris dans l'autre sens
Un couple de retraités emménage dans une maison re2020 de 120 m² et chauffe à 18,5 °C par habitude, en coupant totalement le chauffage pendant trois semaines de vacances en février. Leur consommation de chauffage ressort nettement sous l'étude : un demi-degré de moins, c'est 3 à 4 % de gagné, et trois semaines d'absence hivernale remplacent la seule semaine de décembre prévue par la convention. L'écart existe aussi dans le bon sens, ce qui prouve bien que l'étude n'est pas une promesse, mais un étalon.
Conclusion et points clés à retenir
L'étude thermique re2020 est un instrument de mesure, pas une boule de cristal. Elle met toutes les maisons sur la même ligne de départ : mêmes occupants fictifs, même thermostat à 19 °C, mêmes horaires, même météo. Grâce à cela, un Cep de 50 signifie la même chose à Lille et à Nîmes, chez un couple ou une famille de six. Mais dès que la vraie vie s'installe, chaque convention devient une source d'écart, et la plus puissante d'entre elles tient dans la main qui tourne le thermostat. Avant d'accuser l'isolation ou la pompe à chaleur, vérifiez donc vos propres réglages ; et si un doute persiste sur la conformité de la construction, un test d'étanchéité à l'air en fin de chantier et une vérification des équipements installés sont les bons réflexes.
- Le calcul re2020 est conventionnel : il compare des bâtiments, il ne prédit pas une facture.
- Les occupants fictifs sont calculés d'après la surface habitable, pas d'après votre famille.
- Convention de chauffage : 19 °C en présence, 16 °C en absence ; chaque degré en plus coûte environ 7 % de chauffage.
- La maison conventionnelle est vide en semaine de 10 h à 18 h et ne part en vacances qu'une semaine fin décembre.
- L'électroménager, la cuisson et le multimédia ne sont pas dans le Cep ; l'eau chaude est comptée à 56 L/jour par adulte équivalent.
- Le Cep est en énergie primaire : divisez par 2,3 pour retrouver des kWh électriques au compteur.
- Les deux tiers de l'écart entre consommation théorique et réelle s'expliquent par le comportement des occupants.
Questions connexes
Pour aller plus loin, consultez nos réponses sur la méthode Th-BCE, sur les surfaces de référence qui pilotent le nombre d'occupants conventionnels, ou sur les économies réellement permises par la re2020. Et si votre projet démarre, découvrez les documents à fournir pour lancer votre étude.
Auteur : Claire Montrevault