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OPEE : l'observatoire qui décrypte la re2020 en chiffres

Publié le 15/02/2026 | Temps de lecture : 9 min
Observatoire OPEE de la re2020 : tableau de bord et statistiques des bâtiments neufs en France
L'OPEE centralise les données environnementales de la construction neuve en France

En résumé

L'OPEE (Observatoire de la Performance Énergétique et Environnementale) est la plateforme officielle de suivi de la re2020. Pilotée par la DGALN et opérée par le CSTB, elle rassemble les données anonymisées de plus de 350 000 bâtiments au stade permis de construire. Depuis décembre 2025, de nouveaux tableaux de bord permettent d'explorer les choix constructifs réellement pratiqués en France.

Auteur : Adrien Leclerc Adrien Leclerc | Publié le 15/02/2026

Introduction : pourquoi un observatoire de la re2020 ?

Depuis le 1er janvier 2022, chaque construction neuve en France doit respecter la réglementation environnementale re2020. Pour obtenir un permis de construire, les maîtres d'ouvrage doivent soumettre un fichier technique (le RSEE) sur le portail officiel RE-Attestations. Ces fichiers contiennent une mine d'informations : surfaces, zone climatique, systèmes de chauffage, matériaux, indicateurs carbone et bien plus encore.

Mais que deviennent toutes ces données une fois les attestations générées ? Plutôt que de les laisser dormir dans un serveur, l'État a décidé de les exploiter pour créer un outil de pilotage et de transparence unique en Europe : l'OPEE. Cet article vous explique comment fonctionne cet observatoire, ce qu'on peut y apprendre, et pourquoi il concerne directement tous les acteurs de la construction, du particulier au bureau d'études.

Sommaire :

Qu'est-ce que l'OPEE ?

L'OPEE, pour Observatoire de la Performance Énergétique et Environnementale, est l'observatoire national de la re2020. Il a été conçu par la Direction Générale de l'Aménagement, du Logement et de la Nature (DGALN) pour le compte des ministères, et il est opéré conjointement avec le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB). La base juridique de ce dispositif repose sur les textes fondateurs de la re2020, consultables sur Légifrance.

Concrètement, l'OPEE poursuit trois objectifs principaux :

  • Assurer un suivi transparent de la politique publique re2020 en rendant les données accessibles.
  • Favoriser la montée en compétence de l'ensemble de la filière construction grâce à des statistiques représentatives.
  • Préparer les évolutions futures de la réglementation en s'appuyant sur des retours d'expérience concrets.

L'observatoire a ouvert ses portes au public début 2024, après deux ans de collecte de données depuis l'entrée en vigueur de la re2020. Vous pouvez y accéder en ligne sur le site du portail des réglementations énergétiques et environnementales des bâtiments.

Schéma de fonctionnement de l'OPEE : du dépôt du RSEE à la publication des statistiques
Le parcours des données : du RSEE déposé par le bureau d'études jusqu'aux statistiques de l'OPEE

Comment les données arrivent dans l'observatoire

Le mécanisme est à la fois simple dans son principe et sophistiqué dans son exécution. Chaque maître d'ouvrage (ou son mandataire, généralement un bureau d'études thermiques) qui a besoin d'une attestation re2020 soumet le RSEE (Récapitulatif Standardisé d'Étude Énergétique et Environnementale) de son opération sur le portail RE-Attestations. La profession est notamment représentée par Syntec-Ingénierie et Cinov, qui contribuent aux échanges avec les pouvoirs publics sur l'évolution de l'observatoire.

Le RSEE est un fichier XML qui contient l'ensemble des données techniques du projet : caractéristiques thermiques, résultats des indicateurs Bbio, Cep, DH, ainsi que les résultats de l'analyse du cycle de vie (Ic construction, Ic énergie). Un algorithme lit ce fichier pour vérifier la conformité et, si tout est en règle, une attestation PDF est générée.

L'anonymisation des données

Lors du dépôt, le fichier XML est automatiquement anonymisé : toutes les mentions relatives au maître d'ouvrage (noms, adresses personnelles) sont supprimées. Le fichier anonymisé est ensuite enregistré en base de données. Le CSTB applique alors un traitement informatisé sur l'ensemble des fichiers accumulés depuis le 1er janvier 2022 pour générer les statistiques qui alimentent l'OPEE.

Le dédoublonnage : éviter de compter deux fois

Un même projet peut donner lieu à plusieurs dépôts de RSEE, que ce soit en phase permis de construire (PC) ou en phase d'achèvement des travaux (DAACT). Les raisons sont multiples : modifications techniques, optimisations en cours de chantier ou simple mise à jour des données. Pour ne pas fausser les statistiques, le CSTB a mis en place un algorithme de dédoublonnage qui ne conserve que la dernière variante de chaque opération, en comparant une combinaison unique de valeurs appelée « clé de dédoublonnage ».

Les chiffres clés de l'OPEE

Volume de données (mise à jour au 1er janvier 2026)

L'OPEE compile un volume considérable de données issues de la construction neuve française. En phase permis de construire, la base contient les données de plus de 350 000 bâtiments représentant environ 90 millions de m², dont environ 16 000 bâtiments de bureaux. En phase achèvement des travaux (DAACT), ce sont plus de 40 000 bâtiments pour environ 5 millions de m², avec environ 250 bureaux. Ces chiffres illustrent l'ampleur de la base de données, mais aussi l'écart significatif entre les phases PC et DAACT.

Cet écart s'explique par plusieurs facteurs. D'une part, toutes les demandes de permis de construire n'aboutissent pas à une construction effective : certaines sont abandonnées ou refusées. D'autre part, les maîtres d'ouvrage ne déposent pas systématiquement leur déclaration d'achèvement des travaux, bien que cette obligation soit réglementaire. Ce phénomène n'est pas propre à la re2020 : il est également observé dans la base des permis de construire Sitadel.

Chiffres clés de l'OPEE début 2026 : 350 000 bâtiments en phase PC et 40 000 en phase DAACT
Les chiffres clés de l'OPEE au 1er janvier 2026

Les nouveaux tableaux de bord (décembre 2025)

Depuis le 16 décembre 2025, l'observatoire s'est enrichi de nouveaux tableaux de bord qui proposent une lecture synthétique des données récoltées à l'achèvement des travaux, pour chaque typologie de bâtiment en vigueur (maisons individuelles, logements collectifs, bureaux et enseignement).

Ces tableaux de bord permettent de filtrer les données par année de dépôt de permis de construire et offrent une vision claire de plusieurs indicateurs : nombre de DAACT déposées, répartition géographique des opérations, et volume de données environnementales mobilisées par zone climatique.

Nouveauté : la matérialité des bâtiments

L'ajout le plus remarquable concerne deux graphiques inédits qui permettent d'explorer les choix constructifs réellement pratiqués en France :

  • La répartition des types de matériaux isolants en façade (laine de verre, laine de roche, polystyrène, isolants biosourcés, etc.).
  • La répartition des types de façades utilisés (maçonnerie béton, terre cuite, ossature bois, etc.).

Ces informations sont précieuses pour tout professionnel qui souhaite choisir une isolation adaptée à la re2020 ou comparer ses choix techniques avec les tendances nationales. Le Cerema et l'ADEME utilisent d'ailleurs ces données pour orienter leurs recommandations. Les labels de performance comme ceux d'Effinergie s'appuient également sur ce type de retours d'expérience pour faire évoluer leurs référentiels.

Ce que l'OPEE nous apprend sur la construction neuve

Au-delà des chiffres bruts, l'OPEE permet de dégager des tendances significatives sur l'évolution des pratiques constructives en France depuis l'entrée en vigueur de la re2020.

Systèmes de chauffage : la pompe à chaleur domine

Les données de l'observatoire confirment la prédominance massive des pompes à chaleur dans la construction neuve. En maison individuelle, elles équipent la quasi-totalité des projets. Le gaz naturel, dont l'usage en construction neuve a été fortement restreint par la re2020, ne représente plus qu'une part marginale des systèmes installés. Cette tendance est conforme à l'objectif de décarbonation du secteur, porté par la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC).

Seuils carbone : un passage réussi pour 2022, des défis pour 2028

L'analyse croisée des données de l'OPEE avec les travaux du Hub des prescripteurs bas carbone (porté par l'IFPEB et Carbone 4) montre que la majorité des bâtiments respectent confortablement les seuils carbone du jalon 2022. Pour le jalon 2025, environ un quart des bâtiments de bureaux étudiés parviennent à passer les seuils. En revanche, les jalons 2028 et 2031 s'annoncent nettement plus exigeants et nécessiteront des évolutions profondes dans les choix constructifs.

Le rapport Rivaton, remis à la ministre du Logement en juin 2025, estime le surcoût moyen de la re2020 à environ 6 % pour la décarbonation, dont +2 % pour le jalon 2025 et +2 % supplémentaires pour le jalon 2028. Ces données, appuyées par les statistiques de l'OPEE, alimentent le débat sur la progressivité des seuils re2020.

Données environnementales : le défi des FDES

Un constat récurrent dans les analyses issues de l'OPEE concerne l'utilisation encore trop fréquente de données environnementales par défaut (DED) et de forfaits au lieu de Fiches de Déclarations Environnementales et Sanitaires (FDES) spécifiques. La part de DED et forfaits atteint environ 55 % dans certains échantillons de bâtiments tertiaires, ce qui pénalise artificiellement les résultats carbone des projets. Or, à partir de 2028, le recours aux forfaits pour les lots techniques sera drastiquement restreint. Les professionnels ont donc tout intérêt à anticiper cette évolution en utilisant dès maintenant des fiches spécifiques, disponibles sur la base INIES gérée par l'Alliance HQE-GBC.

Répartition des systèmes de chauffage dans les bâtiments neufs re2020 selon l'OPEE
La pompe à chaleur domine largement dans les bâtiments neufs soumis à la re2020

Les limites et axes d'amélioration

Comme tout outil statistique de cette envergure, l'OPEE présente certaines limites qu'il est important de connaître pour interpréter correctement les données.

La complétude des données

Le principal défi reste l'écart entre les données en phase PC et en phase DAACT. Le nombre de DAACT déposées est nettement inférieur au nombre de permis de construire, ce qui réduit la représentativité des données post-chantier. Par ailleurs, la coordonnée GPS des bâtiments, bien que prévue dans le modèle de données, n'est renseignée que dans 44 % des cas (donnée de mai 2025), ce qui limite les analyses géolocalisées.

La qualité des saisies

La fiabilité des statistiques dépend directement de la qualité des fichiers RSEE déposés par les bureaux d'études thermiques. Le CSTB travaille activement à l'amélioration de cette qualité en mettant en place des contrôles au moment du dépôt, en réalisant des audits ciblés et en faisant évoluer les logiciels d'ACV agréés. La liste de ces logiciels est consultable sur le portail officiel rt-re-batiment. L'Agence Qualité Construction (AQC) accompagne également les professionnels dans cette démarche d'amélioration continue, tandis que les fédérations comme la FFB relaient ces enjeux auprès des entreprises de la construction.

L'open data : une promesse en cours

L'ouverture des données anonymisées en open data est un objectif affiché par les pouvoirs publics. Initialement prévue pour fin 2024, cette publication permettra à l'ensemble de la filière — chercheurs, industriels, collectivités — d'exploiter librement les données de l'OPEE. La plateforme data.gouv.fr héberge déjà les données de l'ancien observatoire des performances énergétiques (rt2012), et devrait accueillir à terme les données re2020.

Exemples concrets d'utilisation de l'OPEE

Pour un particulier qui construit sa maison

Imaginez que vous planifiez la construction d'une maison individuelle en zone climatique H1. En consultant l'OPEE, vous pouvez découvrir que la majorité des maisons neuves dans votre zone utilisent une isolation en laine de verre ou de roche en façade, avec une ossature en maçonnerie de terre cuite. Vous constatez que la pompe à chaleur air/eau est le système de chauffage le plus répandu. Ces données vous aident à situer votre projet par rapport aux pratiques courantes et à choisir un chauffage adapté en toute connaissance de cause.

Pour un bureau d'études thermiques

Un bureau d'études comme Etude-bet peut exploiter les données de l'OPEE pour benchmarker ses projets. En comparant les valeurs de Ic construction de ses études avec les médianes nationales, il peut identifier des marges d'optimisation et anticiper les futurs jalons réglementaires. Les données sur la proportion de FDES spécifiques utilisées permettent aussi de mesurer la maturité de la filière et d'ajuster les pratiques.

Pour un promoteur immobilier

Un promoteur qui prépare un programme de logements collectifs peut consulter les tableaux de bord de l'OPEE pour évaluer si ses choix constructifs sont cohérents avec les seuils 2025 ou 2028 de la re2020. Le rapport Rivaton de juin 2025, disponible sur le site du ministère de la Transition écologique, complète utilement cette analyse en chiffrant les surcoûts associés à chaque jalon.

Pour un élu local ou un urbaniste

Les collectivités territoriales peuvent utiliser les statistiques de l'OPEE pour piloter leur politique d'aménagement. En croisant les données de l'observatoire avec les permis de construire délivrés localement, elles obtiennent une vision claire de la performance environnementale de la construction neuve sur leur territoire. L'ANAH et les observatoires régionaux de l'habitat s'appuient déjà sur ce type de données.

Exemple de tableau de bord OPEE pour les maisons individuelles re2020
Les nouveaux tableaux de bord permettent de filtrer les données par zone géographique et par année

Conclusion et points clés à retenir

L'OPEE représente une avancée majeure dans la transparence et le pilotage de la politique environnementale du bâtiment en France. Pour la première fois, les professionnels de la construction disposent d'un outil public qui compile les données réelles de centaines de milliers de projets soumis à la re2020.

Les points essentiels à retenir :

  • L'OPEE est piloté par la DGALN et opéré par le CSTB. Il rassemble les données anonymisées de tous les RSEE déposés depuis janvier 2022.
  • Plus de 350 000 bâtiments figurent dans la base en phase permis de construire (données au 1er janvier 2026).
  • Les nouveaux tableaux de bord de décembre 2025 permettent d'explorer la matérialité des bâtiments (isolants, façades, systèmes de chauffage).
  • Les seuils carbone 2022 sont largement respectés, mais les jalons 2028 et 2031 nécessiteront des efforts accrus, notamment sur l'utilisation de FDES spécifiques plutôt que de données par défaut.
  • L'open data des données anonymisées de l'OPEE devrait permettre à toute la filière d'accéder librement à cette mine d'informations.

Pour les professionnels comme pour les particuliers, l'OPEE est un outil précieux pour situer ses projets dans le contexte national, anticiper les évolutions réglementaires et prendre des décisions éclairées. La re2020 n'est plus seulement un cadre réglementaire : grâce à l'OPEE, elle devient un véritable levier de connaissance collective au service de la construction durable.

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