Guide Cerema re2020 : la mise à jour 2026 décryptée
En bref
Le 17 septembre 2026, le Cerema a mis à jour son guide de la re2020. Cette version intègre l'extension de la réglementation aux bâtiments tertiaires spécifiques et industriels depuis le 1er mai 2026, et les premiers ajustements issus du rapport Rivaton, applicables depuis le 1er juillet 2026 : hauteur sous plafond, balcons, réseaux de chaleur, IGH et surélévations.
Introduction : le guide qui grossit plus vite que les seuils ne baissent
Il y a des lectures de rentrée qui sentent le cartable neuf. Et il y a le guide re2020 du Cerema, mis à jour le 17 septembre 2026, qui sent plutôt le surligneur fluo et le café serré. Ce document pédagogique, publié par les ministères chargés de la construction avec le Cerema, est la porte d'entrée officielle pour comprendre la réglementation environnementale des bâtiments neufs.
Problème : depuis janvier 2026, les textes se sont enchaînés à un rythme de série télévisée. Nouveaux bâtiments concernés, nouvelles modulations, nouveaux régimes… Difficile de savoir ce qui s'applique à quel permis. Dans cet article, vous allez découvrir ce que contient cette nouvelle version, quels textes elle intègre, ce qui change concrètement pour une maison, un immeuble ou un restaurant, et pourquoi il vaut mieux vérifier la date de dépôt de votre permis avant toute chose.
- Ce que contient la mise à jour du guide Cerema
- Le rapport Rivaton, ou l'art de régler le thermostat réglementaire
- Les seuils qui ne bougent pas (et vous attendent en 2028)
- Le guide n'est pas seul : la boîte à outils officielle
- Chronologie : dix mois de textes en une frise
- Exemples concrets : qui est concerné par quoi ?
- Conclusion et points clés à retenir
Ce que contient la mise à jour du guide Cerema
Un guide de référence, pas un texte de loi
Commençons par une précision qui évite bien des malentendus : le guide du Cerema n'a pas de valeur réglementaire. Il explique, illustre et synthétise les décrets et arrêtés, mais ce sont ces derniers qui font foi. Sa première parution date de mai 2025 ; la version de septembre 2026 est téléchargeable gratuitement au format PDF sur le portail des réglementations énergétiques et environnementales des bâtiments. On y retrouve l'essentiel de la re2020, son contexte, son cadre d'évaluation, ses indicateurs et ses niveaux de performance, sur une période d'étude de référence de 50 ans.
Les six indicateurs ne changent pas : Bbio, Cep, Cep,nr, Icénergie, Icconstruction et DH. Si ces sigles vous donnent des sueurs froides (ce qui est paradoxal pour une réglementation qui traque la surchauffe), notre page sur le calcul du Bbio, du Cep et du DH remet les choses à plat.
Nouveauté n°1 : la re2020 accueille de nouveaux bâtiments
Le décret n° 2026-16 du 15 janvier 2026, complété par l'arrêté du 19 mars 2026 (publié au Journal officiel le 29 avril), étend la re2020 aux bâtiments tertiaires spécifiques et aux bâtiments industriels et artisanaux. Depuis le 1er mai 2026, sont concernés les médiathèques et bibliothèques, les bâtiments d'enseignement atypiques, les bâtiments universitaires, les hôtels, les établissements d'accueil de la petite enfance, les restaurants, les commerces, les vestiaires seuls, les établissements sanitaires avec hébergement, les établissements de santé, les aérogares, les bâtiments industriels et artisanaux et les établissements sportifs. Nous avions détaillé ce texte dans notre article sur l'arrêté re2020 pour les tertiaires et industriels.
Restent exclus, notamment : les tribunaux et palais de justice (toujours en rt2012), les locaux aux contraintes particulières de température, d'hygrométrie ou de qualité d'air, les constructions temporaires de deux ans au plus, les constructions ou extensions de moins de 50 m², et les extensions cumulées de moins de 150 m² et de moins de 30 % des surfaces existantes.
Depuis le 1er mai 2026, crèches, restaurants, commerces ou ateliers rejoignent la famille re2020.
Nouveauté n°2 : les premiers ajustements post-Rivaton
Le décret n° 2026-200 et l'arrêté du 18 mars 2026, publiés au Journal officiel du 20 mars 2026, s'appliquent aux demandes de permis de construire déposées à partir du 1er juillet 2026. Ils poursuivent trois objectifs affichés : protéger le confort des occupants sans renoncer à l'exigence carbone, adapter les règles aux immeubles de grande hauteur et encourager les surélévations. La Fédération française du bâtiment en a publié une synthèse détaillée, et nous y avions consacré un article sur l'entrée en vigueur du décret 2026-200 en juillet 2026.
| Modulation | Bâtiments visés | Effet |
|---|---|---|
| Miagrément_ext | Logements collectifs avec balcons, loggias, terrasses | Icconstruction modulé si ces espaces dépassent 10 % de la surface de référence (plafond 25 %) |
| Mi_HSP | Maisons et logements collectifs | Prise en compte d'une hauteur sous plafond moyenne de plus de 2,50 m, jusqu'à 2,90 m (Bbio, Cep, Cep,nr, Icconstruction) |
| Miclim_RCU | Bâtiments raccordés à un réseau de chaleur classé et climatisés | Tolérance de +25 kg CO₂/m² sur l'Icconstruction max |
| Misurf_tot IGH | Immeubles de grande hauteur | Valeur spécifique et trajectoire carbone 2028 et 2031 moins ambitieuse (95 % du palier précédent) |
Nouveauté n°3 : les surélévations ont leur propre régime
L'arrêté du 18 mars 2026 adapte les exigences applicables aux surélévations, hors maisons individuelles. L'idée est simple : construire au-dessus de l'existant plutôt que sur un champ, c'est de la sobriété foncière, et la réglementation ne doit pas la décourager. Les petites surélévations, au regard de leur surface ou de leur part dans le bâtiment existant, bénéficient d'un régime allégé. Pour les conditions précises, notre article dédié au décret et à l'arrêté de mars 2026 sur les surélévations détaille le dispositif.
Le rapport Rivaton, ou l'art de régler le thermostat réglementaire
Pour comprendre la mise à jour, il faut remonter au 10 juillet 2025. Ce jour-là, Robin Rivaton remet à la ministre du Logement, Valérie Létard, un rapport d'évaluation de la re2020 fruit de quatre mois de travail. Verdict : on garde le cap, mais on desserre un peu la ceinture. Le rapport, résumé par la Banque des territoires, formule 23 recommandations.
Quelques chiffres méritent qu'on s'y arrête. Le rapport estime le surcoût de construction lié à la re2020 à +11 % d'ici 2035 (hors effet d'apprentissage) : +2 % pour l'isolation, +3 % pour le chauffage et l'eau chaude, +6 % pour la décarbonation des matériaux. Il évalue à 15 000 à 16 000 logements par an le manque à construire lié à ces coûts. Côté bonnes nouvelles, les isolants biosourcés sont passés de 1 % à 11 % du marché de l'isolation entre 2009 et 2023.
Parmi les pistes : ne jamais sacrifier la qualité d'usage (hauteur sous plafond, balcons) sur l'autel du carbone, revoir le confort d'été, faciliter les surélévations et ménager les IGH. Le décret 2026-200 reprend une partie de ces idées. La FFB juge toutefois leur effet opérationnel limité et réclame la suite. Une seconde série d'ajustements, portant sur les seuils carbone et le confort d'été, avait été annoncée.
Répartition du surcoût de construction estimé à +11 % d'ici 2035
Source : rapport Rivaton sur l'évaluation de la re2020 (juillet 2025), synthèse Banque des territoires.
Les seuils qui ne bougent pas (et vous attendent en 2028)
Les modulations, c'est bien. Mais pour la grande majorité des projets, les paliers carbone restent ceux fixés dès 2021. Le guide rappelle les valeurs moyennes d'Icconstruction max, avant modulations (zone climatique, altitude, surface, etc.). Pour une maison individuelle, on passe de 640 kg éq. CO₂/m² sur 2022-2024 à 530 aujourd'hui, puis 475 en 2028 et 415 en 2031. Pour un logement collectif, la trajectoire va de 740 à 650, puis 580 et 490. Autrement dit, le prochain palier arrive dans moins de quinze mois : un projet conçu tranquillement en 2027 pourrait bien être déposé en 2028.
Icconstruction max moyen d'une maison individuelle (kg éq. CO₂/m²)
Valeurs moyennes avant modulations. Source : guide re2020 du Cerema, version septembre 2026.
Côté énergie, les valeurs moyennes restent un Bbio max de 63 points pour une maison, un Cep max de 75 et un Cep,nr max de 55 kWhep/(m².an) ; pour le collectif, un Cep max de 85 et un Cep,nr max de 70. Le confort d'été reste encadré par un DH max de 1 250 °C.h pour une maison sans contrainte extérieure. Pour connaître toutes les valeurs, notre page sur les seuils à respecter en re2020 fait le tour de la question, et notre article sur l'indicateur DH et le confort d'été vous aidera à garder la tête froide.
Chaque palier carbone resserre l'étau : anticiper 2028 dès la conception évite les mauvaises surprises.
Le guide n'est pas seul : la boîte à outils officielle
Le guide Cerema est un excellent point de départ, mais il fait partie d'une famille de documents qui se complètent. Les fiches d'application re2020, mises à jour début octobre 2026, accueillent deux nouvelles venues : la FA09 sur les exclusions des bâtiments tertiaires spécifiques et industriels, et la FA10 sur le périmètre des locaux pris en compte dans l'analyse du cycle de vie. Les FA02, FA03 et FA05 sont également révisées. Nous les avons passées en revue dans notre article sur les fiches d'application d'octobre 2026.
Viennent ensuite la FAQ re2020 officielle, qui tranche les cas particuliers, et l'observatoire de la re2020, qui donne à voir les performances réellement atteintes par les projets. Les bureaux d'études peuvent aussi consulter le guide pratique de l'AICVF, qui recense les erreurs les plus souvent relevées lors des contrôles.
Enfin, pour le dépôt du permis, les modèles d'attestation restent disponibles sur la page attestations re2020 du portail. Le Cerema, établissement public d'expertise, publie par ailleurs régulièrement des ressources sur l'aménagement et la construction durable.
Chronologie : dix mois de textes en une frise
Si vous avez l'impression d'avoir raté un épisode, c'est normal : la re2020 a connu en 2026 une saison particulièrement chargée. Voici les dates à retenir, de la remise du rapport Rivaton jusqu'à la nouvelle version du guide. Pour les textes de fond, notre article sur les textes consolidés de la re2020 rassemble les références utiles.
Les grandes étapes de la re2020 entre 2025 et 2026
Sources : portail RT-RE bâtiment, FFB et Banque des territoires.
En 2026, le calendrier réglementaire de la re2020 a été plus rempli qu'un agenda de rentrée.
Exemples concrets : qui est concerné par quoi ?
Une maison aux plafonds généreux
Julien et Sophie déposent en septembre 2026 le permis d'une maison de plain-pied avec une hauteur sous plafond moyenne de 2,70 m. Avant le 1er juillet 2026, ces 20 cm supplémentaires pesaient sur le volume chauffé et les quantités de matériaux sans contrepartie. Désormais, la modulation Mi_HSP s'applique, puisque la hauteur moyenne dépasse 2,50 m (la modulation joue jusqu'à 2,90 m) : Bbio, Cep, Cep,nr et Icconstruction en tiennent compte. Les plafonds hauts ne sont plus un luxe pénalisant.
Un immeuble avec de vrais balcons
Un promoteur conçoit 24 logements dont les balcons et loggias représentent 15 % de la surface de référence. Depuis le décret 2026-200, ces espaces d'agrément extérieurs, au-delà de 10 %, ouvrent droit à la modulation Miagrément_ext sur l'Icconstruction max. Les habitants pourront prendre l'apéritif dehors sans que le bilan carbone ne fasse la grimace.
Une boulangerie artisanale
Un artisan boulanger fait construire son nouvel atelier-boutique de 220 m². Son permis, déposé en juin 2026, relève désormais de la re2020 et non plus de la rt2012 : les six indicateurs doivent être calculés, et la perméabilité à l'air est encadrée par un seuil Q4Pa-surf de 3 m³/(h.m²) pour ce type de local, contre 0,6 pour une maison. À l'inverse, l'extension de 40 m² de son ancien fournil, inférieure à 50 m², resterait hors champ.
Dans tous les cas, la première question à se poser reste la même : la re2020 s'applique-t-elle à mon projet ? Et la seconde : à quelle date le permis sera-t-il déposé ? C'est elle qui détermine les seuils et modulations applicables à l'attestation pcmi14.
Hauteur sous plafond et balcons : deux éléments de confort désormais mieux pris en compte par la re2020.
Conclusion et points clés à retenir
La version de septembre 2026 du guide Cerema ne révolutionne pas la re2020 : elle met à jour la carte après plusieurs mois de travaux. Le périmètre s'élargit aux bâtiments tertiaires spécifiques et industriels, et les premiers ajustements post-Rivaton desserrent légèrement la contrainte pour les plafonds hauts, les balcons, les réseaux de chaleur, les IGH et les surélévations. Les paliers carbone, eux, restent fermement à l'horizon 2028 et 2031.
- Le guide est pédagogique : en cas de doute, ce sont les décrets et arrêtés qui font foi.
- Depuis le 1er mai 2026, hôtels, crèches, commerces, restaurants et ateliers relèvent de la re2020.
- Les ajustements du décret 2026-200 s'appliquent aux permis déposés à partir du 1er juillet 2026.
- Quatre nouvelles modulations : hauteur sous plafond, espaces extérieurs, réseau de chaleur climatisé, IGH.
- La date de dépôt du permis détermine les règles applicables : anticipez le palier 2028.
Besoin d'y voir clair pour votre projet ? Consultez nos tarifs d'étude thermique re2020 ou contactez Etude-bet.
Pour aller plus loin : l'extension du périmètre au 1er mai 2026 vue par la FFB, les nouveaux bâtiments tertiaires concernés selon la Banque des territoires et l'analyse de Batiweb sur les ajustements de mars 2026.
Auteur : Claire Montrevault